lundi 13 novembre 2006

Les enfants de Léo

J'ai vu "Aime ton père" de Jacob Berger cette semaine alors que mon humeur virait carrément du bleu-gris au noir sans fond. C'est dans ce nuage qui ne demandait qu'à exploser et répandre sa rage sur tout ce qui passait que je fus rejointe par ce couple passionnel: Gérard et Guillaume Depardieu.

Léo (Gérard Depardieu), écrivain de son état, vient de recevoir le prix Nobel, consécration d'une carrière que l'on soupçonne phénoménale. Il est génial, on n'en doute pas, assisté par sa fille (Sylvie Testud) dans ce labeur incessant de la création. Très crispée cette fifille d'ailleurs. On soupçonne quelque tracas, quelques rancunes. Mais quoi donc? Elle est à ses côtés comme une servante sert son maitre, liée à lui de par son état. Léo prendra sa moto pour aller à Stockholm, contre tout bon jugement il semble, et surtout pour emmerder tout le monde. Peut-être a t-il besoin d’être seul sur la route ce géant de la littérature ... Son fils à la vie comme sur la pellicule (Guillaume Depardieu) lui tendra un piège. Pourtant en le séquestrant il libèrera son père. En lui faisant violence il lui donnera vie. En le haïssant il lui apprendra l'amour.

Le combat de chiens Depardieu-Depardieu est presque insoutenable. On se demande comment Gérard Depardieu a pu faire face au talent de son fils sans frémir de jalousie et de joie à la fois. C'est pourtant évident: Guillaume Depardieu est hallucinant, plus vrai que la vérité, plus rouge que le sang lui-même, plus noir que tous les destins. Gérard Depardieu, séquestré, attaché, lui donne la réplique pas seulement en tant que personnage, écrivain au coeur mort, forcé de donner de la place à l'amour, mais aussi en tant qu'acteur forcé de donner de la place, sinon presque toute la place, au talent de l'autre - et pas n'importe quel autre.

On ne peut pas voir ce film sans remettre en question notre relation avec nos parents. Lorsque l'enfant détruit les pages du livre de Léo, ne sommes nous pas tous ainsi, monstrueux enfants, détruisants à jamais les pages de la vie insouciante de nos parents pour les teindre de bleu, rouge, violet, pour les forcer à vivre à travers nous et pour nous alors que leur oeuvre personnelle, leur vie, s'oppose parfois à tout ce que nous sommes. Léo reflète ce côté du père qui hait son enfant pour l'avoir muselé, étouffé. Mais quand Léo hurlera "tu m’étouffes, je peux plus écrire, tu m’étouffes", ce n'est pas à celui qui le brutalise qu'il dit cela, mais au contraire à celle qui la toujours servi et admiré.

Le film s'appelle "Aime ton père" et c'est l'histoire d'enfants qui ont cédé toute la place et toute leur vie à leur père, chacun de façon différente. Jacob Berger veut-il par ce titre nous dire que tout sacrifier pour l'autre c'est justement ne pas l'aimer? A la fin de cette histoire les enfants de Léo sauront enfin comment aimer leur père et Léo refera sa vie avec de la lumière dans les yeux, cette lumière qui lui manquait tant.




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jeudi 9 novembre 2006

Je parle comme je suis


Je parlais d’amitié hier et auparavant de mes fils les princes et mes filles les passionarias. Ainsi je suis parfois l'amie, parfois la mère. Je suis parfois (plutôt toujours) l’épouse, parfois la soeur, parfois dans mon rôle de tata. Je suis la traductrice, la narratrice, la poétesse (mais sans muse depuis un moment - le poste est libre). Je suis l’étudiante en sciences politiques et aussi la modératrice sur yahoo.groups d'une liste pour les enfants de survivants de la shoah (le groupe est en anglais).

Quand j’étais petite ma mère insista pour m'envoyer dans un programme bilingue et je partageais les bancs de l’école avec des petits américains tous "cute like buttons". J'ai toute un pan de ma vie qui se passe en anglais - avec mon mari, mes amis, mon travail d’écriture. 90% de mes amis sont anglo-saxons. J'ai une autre facette de mon existence qui se passe en hébreu avec mes enfants, mes études à l’université et tout mon environnement quotidien. Et j'ai aussi ce pan de ma vie qui se passe en français dans une autre sphère liée à mon enfance, ma famille d'origine, mes racines culturelles et émotionnelles. Aussi quand mon oncle Srul était encore de ce monde je lui parlais en allemand, et depuis sa mort en 1992, cette langue s'est éteinte pour moi et elle me manque. J'avais un blog en anglais, je l'ai arrêté. Je me dispersais trop.

Il y a quelques années j'ai pris des cours de polonais car je suis , entre autre, fascinée par les registres civils polonais du début et milieu du 19e siècle, tracées hélas dans un polonais illisible. Il me suffit de 2 ou 3 cours pour réaliser que cette langue n’était pas du tout inconnue pour moi. Pourtant mes parents n'avaient jamais parlé le polonais à la maison, uniquement le yiddish. Mais j'insistais pour comprendre ce phénomène ... mes parents étant décédés depuis belle lurette je n'eus de recourt que de procéder à ma propre investigation. Pourquoi cette langue étrangère m’était-t'elle si familière?

Je reconstituais ce scenario: en 1957 mon père retrouva son frère vivant en Pologne. Ce frère envoya son fils de 8 ans vivre chez nous pendant à peu près un an. Cet enfant ne parlait que le polonais à son arrivée ... Tout cela se passait pendant la première année de mon existence. J'oubliais tout évidemment et puis un jour, environ 40 ans après, je pris des cours de polonais et plus j'apprenais cette langue plus j'avais besoin de ma mère. Ma mère me manquait, me manquait ... C’était insoutenable. Finalement j’arrêtai mes cours comme on descend précipitamment d'une machine à remonter le temps. J'ai plié mes notes et les ai rangées au fond d'un tiroir. Et puis parfois, un film, ou deux, ou trois, de Kieslowski me renvoie à cette langue que je connais sans l'avoir connue.


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mercredi 8 novembre 2006

Sept, huit, neuf

 Je vois que ma dernière note a semé l’épouvante et le silence parmi mes fidèles lecteurs et commentateurs ... Je passe donc à un sujet plus compatible avec la blogosphere ambiante: l’amitié.

Quand j’étais jeune j'avais deux très grands amis inséparables, c'est à dire qu'ils étaient inséparables de ma personne. Je voyais soit l'un, soit l'autre, mais jamais ensemble. Ils avaient l'un pour l'autre une hostilité énorme et ne se rencontraient jamais. Ils avaient pourtant une chose en commun: je les avais rencontrés tous les deux au même moment, en septembre 1968, environ deux mois avant mon douzième anniversaire.

L'un était un garçon âgé de 15 ans, un homme quoi, vu de mes 12 ans. Il suffit d'ailleurs que je pose mes jeunes yeux sur lui pour savoir que mon destin se mettait en marche. Quand à elle, ma nouvelle amie, elle venait d'atterrir de Paris dans une ville affreuse de province et je me proposais immédiatement pour rompre sa solitude. Elle est encore à ce jour ma grande amie comme on dit grande prêtresse.

C’était facile à cette époque de se faire des amis et c'est moins facile plus tard où tant d'obstacles se donnent le mot pour gâcher les relations avant même qu'elles ne démarrent. Et puis, faut-il le préciser j'ai laissé derrière moi tous mes amis à l'age de 21 pour émigrer en Israël. Ici les gens ont leur clan. Ce sont les amis du lycée, de l’armée parfois de l’université. Et puis après ... il semble que personne ne soit intéressé à former de nouvelles amitiés.

Mais moi, j'ai une nouvelle amie. Elle est arrivée dans ma vie à l'aube de mes 50 ans comme un miracle, comme un coup de baguette magique. Je la connais depuis peu de temps mais j'ai l'impression d'avoir grandi avec elle. J'ai même l'impression parfois de savoir déjà ce qu'elle me raconte de sa vie, comme si ma conscience la connaissait avant même que j'ai fait sa connaissance. Faulkner a écrit: "Memory believes before knowing remembers". Peut-être l'ai-je déjà connue dans une autre vie, une autre sphère ... et je l'ai oubliée - mais ma mémoire se souvient d'elle et lui donne toute sa confiance.

Elle se reconnaîtra si elle lit ce message et je veux qu'elle sache: elle est ma douce et magnifique messagère de l'espoir, augure de jours calmes et heureux ou les heures sereines effacent toutes les peines.


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mardi 7 novembre 2006

Arba, hamesh, shesh

 Cette matinée est vraiment emblématique de la société israélienne. Nous nous réveillons au son de deux cloches qui donnerait à tout citoyen normal des cauchemars. Mais en Israël, il n'est pas nécessaire de s'endormir pour faire des cauchemars.

Il suffit d'allumer la télé ou la radio ce matin pour comprendre la profondeur du piège que l’état israélien s'est tendu à lui-même à force d’être traqué par une réalité destructrice et insoutenable.

Deux items aux nouvelles de ce matin:

1. Les protestations et manifestations violentes contre le défilé des gays prévu pour ce vendredi à Jérusalem semblent prendre des proportions tout à fait alarmantes. Les gays présentent leur défilé comme une représentation, un reflet de la belle démocratie - puisqu’Israël est une démocratie. Les ultra-orthodoxes dénoncent ce défilé comme abusif et agressif envers la qualité sacrée de la ville de Jérusalem, aussi bien d'ailleurs pour les Juifs que pour les Chrétiens et les Musulmans. A vrai dire le consensus de la population israélienne s'oppose à ce défilé à Jérusalem et pas à Tel-Aviv par exemple ou un défilé de gays se déroule tous les ans sans aucun problème. Ce qui différencie les ultra-orthodoxes du reste de la population c'est la rage et la violence qu'ils expriment dans les rues de la ville. Il semble qu'à leurs yeux la limite ait été atteinte et qu'ils considèrent leurs droits individuels de citoyens suffisamment bafoués pour justifier une révolte et des batailles rangées avec la police israélienne.

2. Le bombardement d'un immeuble palestinien a Beit Hanoun, provoquant la mort de 19 civils. L’armée israélienne n'est décidément plus ce qu'elle était. Il fut une époque ou lorsqu'on visait une cible militaire on touchait une cible militaire, pas de pauvres gens endormis dans leur lit. Bref il s'agit d'une erreur, encore une, et tous les dirigeants israéliens se répandent en excuses proposant même des soutiens et des aides médicales pour les familles. Et l'on va ouvrir un comité d’enquête ... encore un, avec l'argent des contribuables, qui ne savent plus ou donner de la tète avec tous ces comités d’enquêtes sur les erreurs militaires, les ministres corrompus, le président pris la main dans le heu sac et ainsi de suite ...

Parfois je suis envahie par la confusion: sommes-nous en guerre ou non avec les palestiniens? Je croyais que oui puisqu'ils larguent quotidiennement des bombes "artisanales" sur des villes israéliennes ... Dans ce cas pourquoi se comporter comme si on ne l’était pas? Quelque chose n'est pas clair. Je n'ai pas à l'esprit qu'aucun pays arabe ait proposé un soutien financier, médical ou quoi que ce soit après les centaines d'attentats terroristes palestiniens qui on eut lieu contre des civils en Israël. Il a toujours été limpide comme de l'eau de roche que les palestiniens étaient en guerre contre les civils israéliens - par le biais d'attentats terroristes, aussi bien évidemment que contre l’armée israélienne.

Pourquoi donc l’état israélien fait il une dichotomie entre le Hamas au pouvoir dont la chartre est toujours de détruire Israël et ses habitants, et les civils palestiniens qui ont voté, soit-dit en passant, en grande majorité pour le Hamas? Pourquoi s'excuser? Parce qu'on se sent obligés de s'excuser? Quelle hypocrisie ...

Il n'y a bien qu'une seule chose qui préviendra la mort de civils palestiniens et ce n'est pas comme les palestiniens le clament le retrait total de l’armée israélienne de tous les territoires occupés. Ce retrait se fera a son heure, mais pas maintenant ... L’armée israélienne s'est en effet retirée de Gaza, comme tout le monde le sait, et des milliers d’Israéliens ont été déplacés, pour ne pas utiliser le verbe sensible "déportés".

Non, il n'y a bien qu'une seule chose qui permettra aux civils palestiniens de vivre comme tout le monde et c'est la discontinuation immédiate des attentats palestiniens sur la population civile israélienne, des attentats quotidiens sur la ville de Sderot et les alentours de la bande nord de Gaza. Cette logique argumentaire passe hélas à coté des décideurs palestiniens qui depuis des années ne se lassent de crier au massacre des que Tzahal dévie de ses cibles militaires alors qu'ils sont eux-mêmes les perpétrateurs de massacres systématiques.

En attendant que ce jour ait lieu, je m'associe à ce qu'un de mes amis m'a dit récemment: les enfants ne sont jamais coupables, ou qu'ils soient dans le monde. C'est dans ce contexte que je regrette la mort de victimes civiles palestiniennes tout en étant réaliste et sachant que beaucoup n'ont aucun regret lorsque des enfants israéliens sont bombardés et massacrés à Sderot ou ailleurs en Israël.


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dimanche 5 novembre 2006

Raz, dwa, trzy

J'ai vu à la file les "Trois couleurs - bleu , blanc, rouge". Cela a pris plus de 5 heures, entre 7h du matin et 12.30h. Moi toute seule, heureuse comme une enfant devant une grande poupée, et sur l’écran la puissance évocatrice et symbolique de Kieslowski. J'ai vu "Bleu" au moins trois fois, mais je ne me lasse pas du visage de Juliette Binoche traqué par la lumière et les ombres bleues. Je ne me lasse pas de sa solitude, de son dépouillement, son dénuement pour mieux se rehumaniser et connaitre la liberté primaire après le néant ou presque néant. Car c'est la morale de ce film: il n'y a pas de néant, pas d'absence totale, pas de solitude parfaite, pas de mise à l’écart de la société. La société, la communauté nous font hommes et femmes. A la fin du film l’héroïne pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

J'avais vu dans le passé des extraits de "Blanc" et "Rouge". "Blanc" m'avait semblé tranchant, méchant, un exercice sur le vide identitaire, l'impuissance, sans logique. Mais tout est au contraire une succession logique dans cette histoire de couple dénivelé, de guerre à l'égalité, d'amour violent non-consommé. Ce Karol Karol passe du pauvre type complètement plumé à l'homme d'affaire qui se fait de l'argent plus vite que son ombre. De l'impuissance à la puissance simplement en s'endormant dans une valise. C'est de la magie çà! A la fin du film le héros pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

"Rouge" aussi s’était présenté à moi d'abord par petits bouts ... la grimace de Jean Louis Trintignant contre le visage lumineux d’Irène Jacob que j'aime tant depuis "La double vie de Véronica"". Mais dans cette histoire lentement sombre, puis radieuse, de destins parallèles je me retrouve aussi. La vie est ainsi faite, le silence de l'un contre l'expression de l'autre, la douleur de l'un contre la douleur de l'autre. C'est une vraie histoire d'amour entre un vieil homme usé et une jeune femme éraflée, vidée de son sens, effrayée par la vie. Sofia Coppola avait 22 ans en 1993. Ce serait-elle inspirée de "Rouge" pour "Lost in Translation"? A la fin du film le héros pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

Puis pour le final de la saga, dans un élan de fraternité, les trois couples de bleu, blanc, rouge, se retrouvent liés par le destin. Le destin terrible, manichéen, mais si maternel et optimiste qu'on a envie de le serrer dans nos bras, fort, plus fort encore, pour qu'il ne s’échappe plus jamais et qu'il continue à nous nourrir de son inspiration et de sa force.


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jeudi 2 novembre 2006

Chez Judith

Quand j’étudie à la bibliothèque je vais boire un café et manger un morceau chez Judith, de l'autre côté de la rue. Judith a un genre de boui-boui en bas d'une grande bâtisse, trois petites tables en plastique blanc à côté d'un long comptoir derrière lequel elle règne telle une héroïne de Jean-Pierre Jeunet.

Elle vous sert la soupe du jour qu'elle prépare tous les midis. Elle vous apporte une grande assiette fumante et vous fait la causette tout en servant à d'autres clients au comptoir des cigarettes, des billets de loterie, des chewing gums, des falafels. Elle se souvient de tout: combien de sucre vous mettez dans votre café, si vous aimez le piquant ou pas, si vous prenez du pain avec la soupe. Elle vous apporte le journal à lire, c'est gratis avec la soupe, mais il faut le garder propre pour les autres clients ...

Elle se souvient de tous vos petits soucis , ceux dont vous lui avez parlé depuis les quelques années ou vous la connaissez. Ses clients sont des employés des petites boutiques avoisinantes de fringues, d'appareils ménagers, de tissus, de photographie. Ses réguliers sont les infirmières, les médecins et les patients de la caisse de maladie qui s’étend sur tout le troisième étage de l'immeuble. Ce sont les employés et les visiteurs du ministère de l’intérieur situé au 2e étage. Et il y a aussi le rabbinat, extrêmement fréquenté, au premier étage. C'est bien pour cela que le boui-boui de Judith est casher "le mehadrin".

C'est comme çà d'ailleurs que j'ai rencontré Judith la première fois ... J'avais accompagné une amie au rabbinat, pour son divorce. Après la séance plutôt maussade chez les rabbins, les époux désunis, le témoin du presque ex et moi-même avions fait une pause café chez Judith - tous les quatre agglutinés autour d'une table d'un mettre carré ... De façon tout à fait inattendue, nous étions tous de bonne humeur, sans doute soulagés d'avoir survécu aux interrogations de l'institution rabbinique.

L'autre jour j'ai vu un monsieur d'une quarantaine d’années, impeccablement habillé et bien de sa personne, qui se pressait de manger et tel le lapin d'Alice aux merveilles s'enfuyait de chez Judith en lui criant " Je suis en retard ...merci, merci!! A lundi prochain!".

Je ne sais pas comment tout ce monde tient dans les trois petites tables. Moi quand j'y suis, j'ai toujours l'impression qu'il n'y a que deux ou trois personnes et que Judith s'occupe de moi comme si j’étais sa seule cliente et qu'elle n'avait attendu que moi toute la journée.


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lundi 30 octobre 2006

Lieu du crime: la bibliothèque

Il devrait y avoir une règle quelque part qui dirait "il est interdit de lire La République de Platon en hébreu". C'est ce que j'ai fait aujourd'hui et franchement ... c'est nul. Nul. Le crime ayant eu lieu dans la bibliothèque de ma ville , aussitôt arrivée chez moi je me suis précipitée sur l'internet pour télécharger le texte en anglais. Je n'ai pas eu de mal à trouver Aristote (ma lecture pour mercredi), les chapitres étaient plutôt identifiables en me basant sur la traduction en hébreu (une cacophonie de mots sans queue ni tête) mais pour Platon quelle galère...

Moi est d'avis qu'on ne devrait pas avoir de telles lectures à mon âge. Il y a des auteurs, Socrate, Platon et cie, le marquis de Sade, Lautreamont, Rimbaud, Zola et Flaubert que l'on lit entre l'âge de 12 et 21 ans et ensuite pfuit ... ils disparaissent. Ou ils vont, je ne saurais le dire ....Au delà d'une lourde porte de notre inconscient peut-être, je ne sais. Je suis certaine d'avoir déjà lu Platon et Aristote en terminale, d'autant plus que j’étais en terminale A. Mais je ne me souviens de rien ... C'est comme si on me demandait d'appareiller le Queen Elizabeth ... C'est le trou noir...

Puisque mon intellect doit contre son gré faire de la gymnastique pour comprendre une traduction cryptique du Grec vers l’hébreu, je me suis dit que mon physique, mon corps, mon instrument de tous les instants, lui aussi devait faire de la gymnastique à la veille de mes 50 ans (çà se rapproche vraiment...). Alors comme çà, je me suis inscrite à une salle de sport, cours de pilatis et gymnastique inclus. Je suis vraiment fière de moi... Maintenant que les préliminaires ont eu lieu - faire passer ma carte de crédit dans la machine - ou comme on dit en hébreu "repasser la carte", il ne me reste plus que l'affaire elle-même à consommer - that is me présenter à mes cours de gymnastique et commencer à travailler les muscles. Heu remarquez les muscles j'en ai, je suis de constitution naturellement sportive, il faut voir mes biceps et mes mollets ... mais le problème c'est que je n'ai pas que des muscles... et il n'y a pas que les années qui se sont accumulées sur ma carcasse.
 


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vendredi 27 octobre 2006

Magazines féminins

Je ne lis pas les magazines féminins et je ne vais pas expliquer pourquoi parce que cela serait condescendant de ma part envers celles qui lisent les magazines féminins.
Ce n'est pas que je me targue d’être une intellectuelle, bien qu'il n'y a pas longtemps c'est exactement ce que Le Magicien castelroussin a dit, "Nathalie, c'est une intellectuelle" qu'il a dit. Mais je n'en suis pas une, je fais semblant, comme d'habitude.

Toutes les semaines de façon aussi régulière que ses visites chez le coiffeur , ma mère passait dans un bureau de tabac qui faisait aussi bistrot et hôtel, je crois sur la rue Nationale, mais j'ai oublié le nom des rues de ma ville natale ... Bref, elle passait acheter ses journaux féminins: Elle, Marie-Claire, Marie-France et Sélection. Bon, Sélection ce n'est pas un journal féminin. Ma mère c’était une vraie femme, féminine, élégante, impeccable et belle comme Sophia Loren. Je ne sais pas si cela a un lien quelconque, mais j'avais envie de le dire...

Bref, je ne lis pas, mais alors pas du tout, les journaux féminins. Mais à toute règle ses exceptions. Il y a les salles d'attente des dentistes et des médecins. Ce matin me voilà donc à tourner les pages d'un magazine féminin immonde à mon gout, "La Isha" que ça s'appelle, et je tombe sur un article intitulé quelque chose comme "Pourquoi certaines femmes caméléons perdent leur personnalité en vivant avec un homme".

Des femmes qui s'adapteraient en quelque sorte a à chaque fois qu'elle change d'homme, à ses habitudes, les choses qu'il aime, les choses qu'il déteste etc.. J'ai lu tout l'article, oui en son entier. Des femmes éponges qui adoptent les passe-temps de leur conjoint comme la poésie, ou la défense des animaux ou le golf, alors qu’auparavant elles détestaient ces sujets.

Le médecin de service du magazine d'y aller "les hommes sont depuis des générations encouragés à être actifs et assertifs, les femmes sont au contraire encouragées à être passives et médiatrices dans la famille".

Quelle matinée instructive alors...



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jeudi 26 octobre 2006

Le Prince Ottoman

Il est mon fier Prince Ottoman
Plus pur, plus sombre que la nuit
Et une étoile au firmament
L'illumine d'or et de pluie.

Saltimbanque, jongleur de métier,
Il pleure et rit comme un enfant
Délaissé, fragile un moment,
Puis grand conquérant chevalier.

Il joue, je continue ma vie,
Illuminée d'or et de pluie.
Il est mon fier Prince Ottoman
Ma rouge étoile au firmament.




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mardi 24 octobre 2006

Le Prince sans Nom

 Il a un regard, le Prince sans Nom
Comme un bleu miroir, transparent, limpide,
Qui vous rend heureux soudain sans raison,
Marque d’espérance votre cœur avide.

Il a un regard, le Prince sans Nom
Qui exige des hommes, des femmes, de la vie,
Davantage encore, plus loin, jusqu'au fond
De la douleur, jusqu'au fond de la nuit.

Et quand sur les marches du soir drapée
De voiles blancs mi-lisses mi-froissés,
Je marche, sans cartes, sur des chemins étroits
Guidée seulement par l'amour et l’émoi,

Doucement le Prince sans Nom et sans bruit,
Emporte celle que je fus, que je suis
Vers le souvenir
D'un autre sourire
Qui me rendait heureuse sans détours,
Marquait d’espérance mon nom et mes jours.


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lundi 23 octobre 2006

Vous avez-dit snappling?

Pendant que je batifolais dans les eaux boueuses du Kinneret, mes enfants se choisirent des vacances à leur gout. Et voila ce que ces étourdis de la vie partirent faire de leur temps libre ... du snappling.

Avis aux jeunes mamans... Vous pouvez vérifier autant de fois que vous voulez si le biberon n'est ni trop chaud, ni pas assez chaud, vous pouvez courir aussi vite que vous voulez à côté de leur bicyclette pour qu'ils tombent éventuellement dans vos bras - mais le jour ou ils font du snappling ...

Maman, c'est fini,
Et dire que c'était la femme de mon premier amour,
Maman, c'est fini,
Je saute (encordé) des 7 étages de l'immeuble, c'est fait pour.

Quant a l'autre fruit de mes entrailles ... ma sage championne ... la voilà elle aussi caracolant sur les falaises de Beit Govrin. Du coup je lui ai écrit un petit poème.

Elle est ma championne, ma passionaria,
L’épaule sur laquelle je perdure.
Elle a les yeux changeants brulants ou froids
Parfois gais, polissons et parfois durs.

L'esprit brillant acéré a à la lame
Silencieux mais puissant; dans ce cœur couvent
Les ambitions profondes d'une louve
Alpiniste, gracieuse gazelle de charme

Je ne vous dis pas ou elle est
Je ne vous dis pas qui elle est
Je la garde pour moi en secret.
Et pourtant ... Si vous la trouvez
Dites-lui que mon cœur blessé
Résonne d’éclat et d'espoir
A la voir si forte, à la voir...

Elle est ma championne, ma passionaria,
L’épaule sur laquelle je perdure.
Elle a les yeux changeants brulants ou froids
Parfois gais, polissons et parfois durs.



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samedi 21 octobre 2006

Je crois entendre encore

L'autre jour, entre mon dossier sur la république gaulliste et la lessive, je me suis affalée sur un fauteuil déchiré - merci les chats - et j'ai zappé d'une chaine satellite à l'autre dans l'espoir de quelque amusement. Je suis tombée au milieu du film de Bertrand Tavernier Laissez-passer et l'ai distraitement regardé en mangeant des tartines au houmous-thon.

Jusque là, rien à signaler. J'ai un petit faible ... bon on va dire un gros faible pour Jacques Gamblin , dont la tête me rappelle quelqu'un ou quelque chose, je ne sais même pas qui ou quoi. Une tête intellectuelle et triste qui offre la promesse de conversations intéressantes, de longues soirées assis sous un tilleul, de l'odeur des cigarettes mêlée aux cheveux.

Puis Gamblin enfourche sa bicyclette pour 450 kms dans la campagne et le thème des Pécheurs de Perles de Georges Bizet "Je crois entendre encore" explose dans mon salon. Je suis pétrifiée. Je ne bouge plus, ne respire que bien malgré moi, m'enfonce dans un état semi-extatique semi-féerique. Encore la magie ...

Je n'ai pas trouvé l’interprétation de Tino Rossi , mais celle-ci est belle aussi. A vrai dire je ne sais pas qui la chante...Cliquez ici pour écouter "je crois entendre encore"

Je crois entendre encore
Caché sous les palmiers
Sa voix tendre et sonore
Comme un chant de ramiers

O nuit enchanteresse
Divin ravissement
O souvenir charmant,
Folle ivresse, doux rêve!

Aux clartés des étoiles
Je crois encor la voir
Entr’ouvrir ses longs voiles
Aux vents tièdes du soir

O nuit enchanteresse
Divin ravissement
O souvenir charmant
Folle ivresse, doux rêve!
Charmant Souvenir!




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jeudi 19 octobre 2006

Plus çà foire plus j'y arrive

Ma vie d’étudiante ayant reprise, je suis de nouveau plongée dans un tourbillon entropique ou cohabitent fougueusement deux alliés du "je t'aime moi non plus": l'ordre et le désordre. Résultat de ces échanges passionnels? Plus çà foire plus j'y arrive.

Ma tendance au désordre est, pour commencer, une faute voilée, cachée, enfermée. Peu de gens qui me connaissent voient en moi un être désordonné, alors que le foutoir est ma vraie nature. Et pourtant, je renais toujours, tel le Sphinx, de mes désordres éparpillés pour rejaillir dans un équilibre parfait et accomplir tout ce qu'il m'est du et imposé d'accomplir.

L’inconvénient de cette méthode? C'est le degré d'incertitude et anxiété lié au résultat final: "suis-je une nulle, une perdante?". Je ne pourrai prouver le contraire qu'une fois la tache dument accomplie.

L'avantage de cette méthode? C'est l'instauration de la liberté dans la servitude quotidienne, la permission de l’école buissonnière, de l'aventure, de l'erreur - et ceci de façon permanente, dirais-je même planifiée.

Mais l'on pourrait parler de complexité au lieu de désordre, et alors là, l'honneur est sauf. Ou presque.




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mardi 17 octobre 2006

Mes jours heureux

La chanson chantée par Montand me nargue je ne sais pas trop pourquoi, tellement triste, "mais la vie sépare ceux qui s'aiment tout doucement sans faire de bruit et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis". Aurais-je le blues post-vacancier?

Mon amie la gardienne me disait un jour "j'ai trop de morts dans ma vie". Moi aussi j'ai dans ma vie des morts qui sont vivants, des grand-parents, des oncles et tantes , des cousins, avec qui je fraie depuis que je suis née sans les avoir jamais connus, jamais ensevelis, jamais couverts d'une pierre tombale, et pour cause, ces morts vivent en moi.

Quand mes parents étaient encore vivants je n'avais qu'une idée en tête: les voir heureux. J'avais cette incommensurable orgueil de penser qu'a moi seule je pourrais remplir leur vie de lumière la ou gisaient tous leurs morts-vivants. A Hanouca on vous rabâche toujours qu'il suffit d'un petit trait de lumière pour chasser l’obscurité. C'est faux. Toute la lumière du monde est impuissante face à la mémoire de la Shoah. J'ai tout essayé. Rien n'y a fait. J’étais comme une misérable petite mèche allumée, complètement ridicule, impotente, à vouloir éclairer ce qui était plus noir que l'abysse. Mais ... dans le combat entre l’obscurité et la lumière, il faut attendre très longtemps pour designer le gagnant.

Il y a des jours ou la lumière l'emporte et des jours sombres ou je suis possédée par des souvenirs qui ne m'appartiennent pas. Mais le gagnant de cette guerre-là n'est ni l’obscurité, ni la lumière. Le gagnant c'est moi. Car tout ce que la mer efface le matin, je le retrace le soir. Et tout ce que la mer efface le soir, je le retrace le matin. Ainsi les jours heureux se succèdent, *mes* jours heureux, ou la vie a sa place et ou ceux qui s'aiment ne sont jamais désunis pour bien longtemps.




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lundi 16 octobre 2006

Au pays des amphibies



Quelques jours sur le lac de Tiberiade, et voila les K. rafraichis et repartis pour un tour. J'ai passé mon temps dans l'eau, soit celle bleue et chlorée de la piscine de l'hôtel, soit celle opaque et naturelle du Kinneret. Le Guerrier Ottoman chassait pendant ce temps les poissons fabuleux. Il a surtout attrapé des poissons-chats, de sales bêtes qui me font peur quand elles me frôlent avec leurs moustaches. De plus elles sont immangeables niveau casheroute. Le Kinneret grouille de poissons que l'on voit à l’oeil nu et qui n'hésitent pas à vous chatouiller et vous faire carrément la conversation. C'est à se demander qui de l'homme ou du poisson doit attraper l'autre....

La journée des K. commençait à 5h30, premier café sur le balcon, les yeux encore lourds, le regard collé sur les premiers rayons incandescents du soleil sur le lac. Les oiseaux nous frôlaient à cette heure sans doute pas très réveillés non plus ... Le soleil en pleine montée je rentrais dans l'eau et le Guerrier Ottoman s'installait sur la jetée avec ses lignes et son moulinet.

Je m'éloignais à la nage de la berge, de l'hôtel, des hommes. Les bateaux de pécheurs rentraient vers le petit port. Plus tard je revenais dans les alentours faire des coucous joyeux au Guerrier Ottoman, pour repartir ensuite. J'ai même plongé une fois pour sauver sa ligne de la rupture en dépêtrant quelques fils. Cette heure-là lumineuse et silencieuse, si ce n'est la cacophonie des oiseaux, s'agrémente avec sa peau blanche. Plus tard il devra se protéger du soleil et se coiffer d'un grand chapeau blanc. Bien plus tard, nous montions nous changer et allions petit-déjeuner. Il était 7h30 au pays des amphibies.



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lundi 9 octobre 2006

Changements de saison

Je suis malade ... Quand je ne me sens pas bien un affreux mécanisme de cause à effet se met en branle. Les premiers symptômes de la maladie se manifestent lorsque un beau matin, je ne ramasse aucune paire de chaussette ni tasse ou assiette sale sur la trajectoire chambre à coucher - cuisine. Ayant marié mes filles je vis, voyez-vous, avec deux hommes et un troisième intermittent. Mon rôle principal dans la maison du bonheur est de ramasser ce que les autres laissent trainer. Aussi je fais les toilettes et les salles de bain, la lessive, la moitie de la cuisine de Shabbat, le ménage parfois et le repassage jamais. Le reste du temps je ne fais rien et regarde le Guerrier Ottoman s'attaquer à tout ce qu'il fait comme s'il s'agissait d'envahir un continent. Mais je digresse ...


Je suis malade ... Le deuxième symptôme consiste à annuler mes rendez-vous. Je suis désolée ... Je suis désolée. Je déteste annuler. J'ai été élevée selon deux principes: 1. ne jamais être en retard à un rendez-vous. 2. ne jamais annuler un rendez-vous. On ne me l'a jamais dit clairement mais c'est intégré depuis longtemps. Aussi si je dois annuler ca me rend malade. Et comme je suis déjà malade ...

Je suis malade ... Je me mets au lit. Alors là, c'est grave si je me mets au lit. Je regarde le plafond. J'ai mal partout et je commence à gamberger, ce que ma mère appelait "travailler du chapeau". Les pensées m'envahissent et se serrent comme des pieuvres tout autour de ma tête. "Tu travailles trop du chapeau" me disait-elle. Et D- sait comme elle avait raison... De toute façon les changements de saison ne m'ont jamais réussi. Mon corps prend toujours au pied de la lettre la mélancolie de l'automne et semble lui-même déclamer: "Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone." Mais Trenet avait chanté "bercent mon cœur". Et ainsi l'avait répété Radio Londres pour annoncer le débarquement ...

Conclusion, les américains sont là, sous forme de Guerrier Ottoman bien entendu.  Ils se précipitent (comme s'il s'agissait d'envahir un continent) avec des tasses de thé, du gâteau aux pommes, des médicaments qui ne servent à rien et des conseils qui me font rire - du genre "et si on allait aux urgences?".




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jeudi 5 octobre 2006

Dames de fer



Il y a 19 ans, le 4 octobre 1987, l'Elfe de Fer est venue au monde. Pourtant je n'avais aucune raison de soupçonner à l'époque que ce fragile individu (pesant tout de même plus que 4 kilos ...), mignonne pouponne aux yeux slaves, allait devenir avec les années mon Elfe de Fer.

Ce jour-la pourtant, et c'était un signe, les cloisons de fer de l'Union Soviétique s'ouvraient enfin pour la refuznik Ida Nudel . Le soi-même je vis à la télé de ma chambre d'hôpital les étonnantes photos de cette prisonnière de Zion, debout dans la neige, avec à ses cotes un berger allemand pratiquement de sa taille. J'étais fascinée. J'en aurais presque appelé ma fille Ida. Mais à la place, je demandais à mon mari d'acheter le journal et d'en conserver la première page.

Quelques années passèrent. Un jour je me retrouvai dans un bus au départ de Rehovot vers Jérusalem. Devant moi était assise une dame aux cheveux gris, petite et menue. Je la reconnus tout de suite. Je pris ma respiration et allai m'assoir à côté d'elle. Je lui racontai que je gardais depuis des années dans mes tiroirs le grand titre de Maariv du 4 octobre 1987 "Ida Nudel: la fin des tortures; je serai avec vous dans deux semaines" . Elle m'écouta, puis nous parlâmes. Je fus bouleversée par son agressivité à l'égard de la société israélienne, son amertume, sa colère. Ses yeux luisaient de rage. Quand nous nous séparâmes elle me demanda ce que je comptais faire de cette première page de journal. "Je la donnerai à ma fille quand elle quittera la maison" lui dis-je.

Et voila ... L'Elfe de Fer s'est mariée cet été. Hier c'était son anniversaire. Elle a toujours été en puissance une Dame de Fer avec tout ce que cela implique de grandeur, de combats, de compassion et de rage. J'ai sorti ce matin la page de Maariv toute jaunissante, je l'ai dépliée, je l'ai repliée. Et bientôt je dois la lui donner.




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mercredi 4 octobre 2006

Le bleu du bonheur



Quand j'étais à Paris je suis allée à Pier Import rue de Rivoli et j'ai acheté une tasse et une soucoupe. La soucoupe était noire, la tasse noire elle-aussi mais seulement son extérieur, seulement sa face exhibée. A l'intérieur elle était d'un bleu féerique, lumineux. Le bleu du bonheur me dis-je en l'emportant à la caisse ...

C'est curieux comme j'abuse, depuis mon court séjour en France, du vocabulaire de la magie. Serais-je retournée à l'approche de ma fin de demi-siècle à un monde dominé par les magiciens et les bonnes fées? Sans doute aurais-je voulu être cet enfant dans "La vie est belle" de Roberto Benigni, capable de voir grâce à sa pureté, sa puérilité, des éclats de magie dans l'antre même de la mort. Mais cet enfant de pure fantaisie, inapplicable à la féroce réalité, imaginaire donc, survit grâce à son père le magicien. Celui-ci lui permet de rester relié au rêve, à la poésie, à l'amour pur et brutal à la fois dont l'enfant est capable.

Ainsi l'enfant est dans cette histoire, emblématique du rêve et de l'imagination, mais le père magicien lui, vit bel et bien dans la réalité. D'ailleurs il sera abattu, comme le sont tous les magiciens à l'approche de l'âge adulte. Enfin, presque tous les magiciens ...

Moi-même quand je suis d'humeur à être bonne fée je glisse un petit mot dans les sachets d'emballage: « quand tu as les idées noires, regarde le fond de la tasse, bleu comme les rêves, bleu comme la poésie, bleu comme mon amour pour toi."



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lundi 2 octobre 2006

Nostalgie des signes



Quand j'étais petite j'allais voir les cygnes au jardin public près du lycée Jean Giraudoux. Je venais avec mon pain et j'étais contente. Quand vous donnez à manger à une bête, il n'y a rien qui puisse vous empêcher d'être heureux. Même si vous êtes malheureux, à ce moment la, quand les petites pattes se pressent en claudiquant vers votre bout de pain, quand l'oiseau avale goulument sa rançon, vous suivez chacun de ses mouvements et vous êtes bien. Toujours malheureux, mais bien. La thérapie animale, c'est devenu à la mode entre temps. Mais tous les parents savent que si vous mettez un enfant devant trois canards et deux poussins, il oubliera tous ses bobos.

Un jour, bien plus tard, j'ai vu des cygnes marcher sur la glace et ce moment féerique, si fragile et si pur, est resté suspendu à jamais dans ma mémoire. C'était, entre toutes les villes, à Vichy. Parfois quand ma tête est vidée de tout et mon esprit ouvert à tout, c'est cette vision des cygnes sur la glace qui m'envahit, ce moment ou tout s'était arrêté, pour que tout recommence peut-être, ou peut-être pas ...

Aujourd'hui à la synagogue, le rabbin disait dans son discours que Yom Kippour était l'opportunité de savoir qui nous sommes et ou nous sommes dans le monde. Je crois que je suis comme ces cygnes: l'étang ne sera pas gelé pour toujours, mais en attendant je suis debout et j'aime regarder les gens qui passent, les enfants avec leurs bouts de pain, les vieux avec leurs yeux doux et les amoureux qui s'embrassent dans le froid en rêvant de demains bleus.



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dimanche 1 octobre 2006

Octobre mon bien-aimé



Le mois d'Octobre me donne toujours l'impression de rentrer à la maison. J'avais un chat qui s'appelait Octobre. Il était apparu à la porte de la maison de l'avenue de Verdun, l'air de savoir ce qu'il voulait, c'est à dire de l'amour, à manger et de l'eau, pas forcement dans cet ordre-là. Nous étions en octobre. Je l'ai aimé passionnément, si passionnément même que je ne l'ai jamais oublié, malgré tous les autres chats qui ont accompagné si noblement ma vie dès ma naissance jusqu' à ce jour. Mon bien-aimé a toujours été Octobre.

Il est mort suite à une infection qu'il avait choppée en se battant pour une femelle sur un toit. Un vrai matou. Mon père m'annonça sa mort l'été 1974 après l'obtention de mon bac. J'étais debout près de la maison de Preuilly. Il sortit de sa voiture en chapeau et une expression éternellement hermétique sur la figure. Il ne comprit pas pourquoi je pleurais pour un chat. Ou alors il fit semblant de ne pas comprendre car il s'était mis dans la tête de m'endurcir au cas où la vie n'aurait pas que des fleurs à m'offrir. Très prévoyant et lucide mon papa.

Quand j'étais petite je recueillais les chats perdus ou blessés. Plus tard j'ai rencontré le Guerrier Ottoman qui recueillait les chats et aussi les oiseaux, les lézards, les souris, les insectes et autres bêtes en mal d'attention. Nous nous sommes recueillis mutuellement. Le Guerrier Ottoman est un homme qui est capable de recueillir un bébé faucon tombé de son nid, de le nourrir et lui faire la conversation jusqu'a se qu'il puisse voler de ses propres ailes. Le jour ou le faucon, Fluffy, s'est envolé de notre balcon, j'ai aussi pleuré, et là aussi le Guerrier Ottoman n'a pas compris pourquoi.

Nous avons un chat, Zoeey. Nous l'avons pris chez nous quand il était âgé d'une semaine, après un passage chez le vétérinaire qui disait qu'il ne survivrait pas, son visage et ses moustaches étant tout brulés et son corps marqué par les coups. Il avait l'air si prostré à son arrivée chez nous que je ne lui donnais pas trois jours. Il aura 13 ans le printemps prochain. Il est notre compagnon de presque toujours et depuis peu il a une copine qu'il déteste, Nova Stella, avec qui il détale dans le salon en poussant des rugissements terribles. Nova Stella est une féline de caractère, très laide mais surdouée. Tous les matins à 6h elle m'apporte dans mon lit sa souris, un machin rose bourré de cataire. Maintenant que j'y pense, même Octobre n'avait pas cette attention pour moi.


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