jeudi 15 février 2007

Mon petit cinéma II

Bien des critiques se sont penchées sur le film de Noémie Lvovsky, Les sentiments. Dans un premier temps il faut lire ce film à travers son titre, c'est à dire à travers le coeur. "On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux." confia le renard au petit prince. Mais , mais oui, se dit-on, on a le droit d'être heureux. C'est un droit élémentaire. Et puis de toute façon , qui peut empêcher notre coeur de battre? Et bien justement ...

La frontière entre l'art du bonheur et la certitude du malheur est bien fluide dans une société normative ou devenir adulte ne se conjugue pas avec devenir adultère. Il aurait fallu pour perpétuer le bonheur que nos protagonistes amoureux soient des héros de bandes dessinées ou des personnages mythiques transportés un beau matin sur une autre planète ou échoués sur une ile non-répertoriée par les cartographes.

Nulle doute que Jacques et Edith revenus sur la terre ferme, auront séché leurs larmes. Sans doute pas tout de suite. Mais d'autres à leur place, époux, amants, amis, se seront entre temps apprivoisés de par le monde.

"Tu n'es pas d'ici, dit le renard, que cherches-tu!
-Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu'est-ce que signifie «apprivoiser» ?
-Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C'est bien gênant! Ils élèvent aussi des poules. C'est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?
-Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie «apprivoiser»?
-C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens... »
-Créer des liens ?
-Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n' ai pas besoin de toi. Et tu n'a pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...
-Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur... je crois qu'elle m'a apprivoisé..."



Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

vendredi 2 février 2007

Mon petit cinéma I

L'année dernière j'ai commis une grave erreur: je me suis inscrite à un cours de cinéma. C'était un cours intitulé humblement "Introduction à l'art cinématographique" qui s'inscrivait dans mon cursus comme une unité de valeur libre. Moi qui savais distinguer un gros plan de Fellini, un angle de Kubrick ou une ombre de Truffaut, comme d'autres savent choisir des pommes à l'étalage d'un maraicher, je m'étais dit " je vais acquérir quelques connaissances techniques, çà me fera du bien". Hélas ... Presque un an après cette triste aventure, j'en suis encore toute déconfite.

Au début du semestre tout allait comme sur des roulettes. Ma classe étant surtout peuplée de personnes nées après 1980, je n'avais aucun mal à subjuguer, bien malgré moi bien entendu, toute cette petite jeunesse de-culturée de mes vastes connaissances cinématographiques. Le professeur, au moins de 15 ans mon cadet, me lançait parfois un regard fatigué qui laissait deviner quelques pensées désabusées du genre "mais qu'est-ce que je fais ici à enseigner a ces illettrés". C'était encore le tout début du semestre.

Je crois que c'est après l'étude des plans et des angles que tout à coup quelque chose a basculé. Je regardais un film à la télé ou au cinéma et je commençais à disséquer, à diviser, à analyser. Je ressentais comme un malaise, comme un gout d'ennui, de solitude. Au début je pensais que c'était juste cette fois-là. J'avais décortiqué des images et des lumières pour mieux les comprendre. C'était tout. Juste cette fois-là ...

Non , au début je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. Et puis quand il a fallu rendre un devoir pour mon cours "d'introduction à l'art cinématographique", je ne l'ai pas rendu. Le deuxième non plus. Quand il a fallu rendre le troisième devoir je n'allais plus en classe. J'étais en rage. J'avais perdu une des choses qui m'était la plus chère: l'amour du cinéma.

L'amour du cinéma c'est comme l'amour tout court. C'est le moment qui passe qu'il faut attraper en vol, comme une volée d'éperviers, comme des nuages fabuleux qui passent et se déplacent. C'est a ce moment-là qui ne dure qu'un instant, ou trois jours ou quelques semaines ou toute une vie, c'est à ce moment-la qu'il faut être heureux. Or, je ne savais plus attraper les rapaces en vol, je ne savais plus rien. Je voyais des prises de vue, des séquences, des mouvements de camera, là ou autrefois je voyais le plaisir, la beauté, le bonheur.

Je ne vais presque plus au cinéma depuis. je ne loue plus de cassettes. Je ne veux plus. Je me comporte comme une jeune fille échaudée par une méchante histoire de coeur, comme une demoiselle des banlieues à qui l'on aura joué un mauvais tour et qui se sera jurée qu'on ne l'y reprendra plus.

Et puis hier j'ai vu " Les sentiments" de Noemie Lvovsky et quelque part au fond de moi je me suis dit: "J'étais la reine du monde ... et je me souviens de tout".


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007