jeudi 30 novembre 2006

Ma vie est à partir de toi

Il y a un endroit d’où je pars pour venir. L'endroit où je quitte ceux que j'aime pour aller vers ceux que j'aime. Un départ arrachement qui ne veut pas pleurer, un retour lumineux dans le creux de ma vie.

Le jour où je suis partie j'ai lu ce poème d'Aragon. Je ne l'ai pas tronqué; il parle pour moi d'amours passées, d'amours présentes, de cette partie en moi vivante et cette part en moi qui part et s'attarde dans sa fuite à presser encore une main, chanter quelques chansons d'amour, à revenir et puis partir.

L'amour qui n'est pas un mot

Mon Dieu jusqu'au dernier moment
Avec ce coeur débile et blême
Quand on est l'ombre de soi-même
Comment se pourrait-il comment
Comment se pourrait-il qu'on aime
Ou comment nommer ce tourment

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin

C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

M'habituer m'habituer
Si je ne le puis qu'on m'en blâme
Peut-on s'habituer aux flammes
Elles vous ont avant tué
Ah crevez-moi les yeux de l'âme
S'ils s'habituaient aux nuées

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Prends ce fruit lourd et palpitant
Jettes-en la moitié véreuse
Tu peux mordre la part heureuse
Trente ans perdus et puis trente ans
Au moins que ta morsure creuse
C'est ma vie et je te la tends

Ma vie en vérité commence
Le jour que je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au coeur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
A la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi


Copyright Nathalie Klein 2006 - 2007

dimanche 26 novembre 2006

Vive les pensées noires

Quand j’étais petite mon petit-déjeuner consistait en un grand bol de chicorée ... et ... et rien d'autre... pour la bonne raison que je dégueulais immédiatement après. Mes parents me pesaient avec anxiété sur la balance de l'atelier qui allait jusqu’à 20 kilos. J’étais au cours élémentaire et toujours sur la balance à 20 kilos. Ma pauvre mère s'arrachait les cheveux, qu'elle avait fort beaux d'ailleurs ... Avait-elle donc survécu à la faim et les affres de la Shoah pour avoir une fillette incapable de prendre du poids?

Mes parents disaient: "elle est angoissée cette enfant. Elle a peur de sa maitresse d’école (çà c’était vrai), ses petites camarades lui font des ennuis à l’école etc ..."

Ma grande angoisse des matins chicorée fut chassée pour toujours le matin où je louchai du côté de la tasse de café de mon papa.

"Papa" lui dis-je, "pourquoi ton café est tout noir?"
"Mais parce que je ne mets pas de lait dedans mon enfant".
"Mais pourquoi tu mets pas de lait dedans?" demandai-je en mettant pratiquement la tête dans son bol de café.
"Mais parce que je n'aime pas çà".

Pendant qu'il parlait je regardais la lumière du lustre reflétée dans le liquide noir. En me rapprochant je vis le reflet de mon nez.

J'avais 8 ans exactement et en 3 tours de manivelle de ma petite tête j'avais tout compris. Le lendemain matin j’annonçai à ma mère que dorénavant on ne mettrait pas de lait dans mon breuvage.

"Mais c'est mauvais sans le lait ..." dit ma mère
"Mais moi j'aime pas le lait" lui dis-je. "J'ai JAMAIS aimé le lait".

C'est ainsi que du jour au lendemain mes "angoisses" matinales disparurent. Je commençais une nouvelle vie alimentaire. Je mangeais des tartines le matin, je me concentrais mieux à l’école et je prenais du poids. Adieu la balance de l'atelier ...

Cela m'arrive encore de regarder le reflet des lumières dans ma tasse de café. Des fois je rapproche même mon visage de la tasse et je vois le reflet de mon nez, ma bouche, mon front. Mais surtout au delà du reflet je vois la réalité de ce que je suis, de ce que je veux et de ce que je ne veux pas.



Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

mardi 21 novembre 2006

C'etait son anniversaire pourtant

Le Jeudi 21 novembre 1963 je me réveille déjà intriguée par cette journée. J'ai invité mes petites amies de l’école. Je ne me souviens pas de ma fête d'anniversaire qui aura lieu plus tard dans l’après-midi. Je me souviens seulement que ma mère était présente ... elle n’était pas allée a l'atelier (en réalité une fabrique de vêtements de cuir). C’était donc un grand jour pour moi. Ma mère n’était jamais malade alors les seules autres occasions où elle n'allait pas terroriser son cheptel de secrétaire, mécaniciennes et coupeurs, c’était quand j'avais une bronchite. Vous surprendrai-je en vous avouant que j'ai souffert durant toute mon enfance et adolescence de bronchite chronique... Pour mes sept ans je reçois un couple de canaris. Le jour-même j'entreprends de leur apprendre à chanter, ce qui 43 ans plus tard me semble un peu incongru mais bon ... Mon anniversaire en famille sera fêté le lendemain, et le lendemain c'est ... Le vendredi 22 novembre 1963.

Je me réveille comme d'habitude dans l'angoisse d'aller à l’école. Et oui je suis Miss Angoisse 1963, effrayée par tout: la maitresse d’école qui vient de terminer sa formation continue dans les caves de l'Inquisition, mes petites camarades aussi sympathiques que Resident Evil, la bonne qui fait semblant de s'occuper de moi (elle a 16 ans), le chauffeur d'autobus libidineux, le boucher au regard d'alcoolique.

J'attends ma grande sœur et son mari pour cet après-midi. J'aime ma grande sœur sans savoir ce que l'amour d'une sœur veut dire. Je le saurai plus tard, je le sais aujourd'hui. Elle m'apporte des livres. Elle me demande ce que je fais à l’école. Je lui montre mes dessins. Il faut dire que ma grande sœur, elle est vraiment vraiment grande: elle est de vingt ans mon ainée. Elle était enfant pendant la Shoah. Elle vient d'un autre endroit, d'une autre enfance.

Pour le diner, la famille est réunie. Le gefilte fish est sur la table pendant que dans la cuisine mon gâteau d'anniversaire attend le moment du dessert. Mais personne ne mange plus à table... Ils sont tous debout près de la radio depuis au moins une heure. Même la bonne , elle est venue se mettre avec eux, près d'eux, comme si ce qui la séparait depuis toujours des patrons ne la séparait plus. Je les vois de dos, ils sont immobiles. Je devrais dormir depuis longtemps, je suis fatiguée. Je comprends qu'on ne fêtera pas mon anniversaire ce soir-là.

A la fin du flash d'information sur Europe 1, tous se dispersent comme des oiseaux effarouchés: la bonne retourne à sa cuisine en reniflant, ma mère farfouille dans les tiroirs de la buanderie la tête baissée, mon beau-frère se met le visage derrière un livre, mon père allume une cigarette et s'enferme dans la salle de bain. Ma sœur a un drôle de sourire vers le bas. Un sourire à l'envers. Elle regarde sa jupe.
- Maman m'a acheté des oiseaux. lui dis-je.
- Il est tard. Tu devrais aller te coucher.
Elle avait l'air si triste, alors je lui ai dit:
- Un jour, je me marierai avec un américain ... si je t'assure.

Neuf mois après ce jour fatidique où le président des Etats Unis et toute la nation américaine avec lui me volèrent ma fête d'anniversaire, je commençais l’année scolaire à l’école bilingue internationale de Touvent à Châteauroux. The rest is history ...


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

samedi 18 novembre 2006

Je les connais ... pas du tout

 Ils étaient cet après-midi tous trois assis à leur place. Je les connais ... Je ne connais pas leur nom. Elle est arrivée la première, si discrète, timide, sa silhouette si légère et svelte, ses cheveux noirs couvrant ses joues. Nous avons une fois échangé quelques mots. Elle s’intéressait à la médecine alternative, les plantes. Elle a peut-être quarante ans. Je ne sais rien d'elle mais je la vois souvent à la bibliothèque. Nous nous croisons devant les lavabos des toilettes, prêt de la fontaine. Parfois nous faisons une pause en même temps , sans nous concerter, et nous feuilletons les journaux ensemble au rez de chaussée tout en grignotant silencieusement un sandwich ou un fruit. Quand elle sourit une dent cassée gâche sa beauté orientale. Elle ne sourit pas beaucoup.

Lui est là tous les jours. Il est un habitué de la bibliothèque, des bibliothécaires, un membre de leur famille. Souvent il se met au comptoir et met la main à la pâte. Quel âge a t-il? Entre 75 et 80 ans je crois. Il est toujours à discuter au rez de chaussée d’exégèse biblique, de politique, d'histoire. Il a ses interlocuteurs préférés: les jeunes. Il les aident. Il conduit des recherches pour eux et les surprend quand ils sont en pleine lecture au premier étage en jetant un livre sur leur table. "Il faut lire çà" leur dit-il. Quand il ne discute pas, il est à sa table habituelle et lit pendant des heures. Il a des cheveux blancs et un peu raplaplas mais ils ont le mérite d’être là. J'ai un gros faible pour les cheveux blancs. Plus qu'un gros faible. Il a grandi en Angleterre. J'imagine tout de lui puisque je ne sais rien d'autre. Je pense qu'il était séduisant plus jeune. Il doit être veuf, vu le nombre d'heures qu'il passe à la bibliothèque. Mais comme il m'y voit aux mêmes heures pense-t'il la même chose de moi? Nous ne nous parlons pas. Une fois il m'a demandé quelque chose sur mes études et une autre fois en parlant de moi a l’employé de la réception il s'est écrié "cette femme-la elle sait bosser". Un jour je ferai vraiment connaissance avec lui. Je l'aime déjà.

Il y a un autre lui. Il vient de temps en temps. La cinquantaine à sa fin. Il prend sur les étagères des commentaires de la bible et il écrit plein de choses sur son carnet. Il n'a pas de kipa sur la tête. Il ne sourit presque pas. Il ne dit pas bonjour. Rien. Il n'est pas bien grand et super bien bâti pour un demi-rat de bibliothèque. Il doit faire de la musculation. Souvent il s'assoit en face de moi , de l'autre cote de la salle d’étude. Il me regarde et moi je baisse la tête. Je me demande bien pourquoi ... je ne baisse jamais la tête. Je soutiens toujours le regard des autres. Mais quelque chose en lui m'intimide. Quand il grattouille ses petites notes, j'en profite pour le regarder. Je ne sais même pas pourquoi. Ça dure comme cela depuis un an. Une fois je lui ai dit bonjour et il ne m'a pas répondu. Je sens de la solitude chez lui, quelque chose de grave. Pourtant une fois je l'ai entendu rire au éclats dans le hall d’entrée et quand je me suis retournée pour le voir je l'ai trouvé laid dans sa gaîté. Il me dérange. Je n'arrive pas à le catégoriser et ce qui j’enrage le plus, c'est qu'il doit penser exactement la même chose sur moi.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

vendredi 17 novembre 2006

Le grand optometriste


Introduction: nous sommes en septembre 2006 et notre héroïne décide d'aller chez l’optométriste suite à une constatation renversante, elle n'y voit plus rien. Les panneaux de direction demeurent bien évasifs pour elle, et ses livres de cours semblent avoir des lettres clignotantes. "Il est temps de changer mes lunettes" s'exclame-t-elle. C'est là que le Guerrier Ottoman prononcera la phrase fatidique: "va chez Eliezer, je le connais de la synagogue, il est très bien".

Premier épisode: notre héroïne, très respectueuse de l'avis de son époux, se dirige donc le lendemain vers le cabinet d'Eliezer, le grand optométriste. Il est absent lui dit-on mais un charmant jeune homme qui se dit optométriste l'engage à s’asseoir sur un beau fauteuil noir pour examiner sa vue. Son ordonnance est dans le collimateur et quelques jours plus tard elle récupère ses nouvelles lunettes.

Deuxième épisode: quinze jours plus tard notre héroïne se réveille avec une migraine à couper au couteau. Gavée d'Optalgin elle sort de chez-elle pour découvrir que l'univers s'est pratiquement dédoublé pendant son sommeil. Sa vision focale a pris des vacances ... Impossible de traverser la rue ... Elle rentre chez elle, allume la télé et là elle voit deux Tom Cruise faire de l'alpinisme sur deux flans de montagne. "Assez" s'écria-t’elle et elle prend rendez-vous illico chez son médecin. Le médecin lui prend la tension et l’envoie tout droit aux urgences craignant un décollement de la rétine.

Troisième épisode: tribulations de notre héroïne aux urgences. Elle est accompagnée du Guerrier Ottoman et de la Passionaria qui justement visitait ses parents ce jour là. Médecin numéro un, médecin numéro deux. Évidemment elle n'a rien. Vous connaissez ce genre de tirade que les médecins affectionnent "vous n'avez rien mais revenez la semaine prochaine". Alors l'oculiste des urgences il lui dit "je ne vois rien mais prenez rendez-vous pour demain matin à l’hôpital chez un spécialiste de la cornée". Le lendemain matin le Guerrier Ottoman toujours à son poste à ficher en l'air sa demi journée de travail ... Attente de trois heures pour parler au grand spécialiste, la quarantaine sympathique (joli minois), il a un peu trop tendance à parler au téléphone pendant que notre héroïne a des produits qui piquent dans les yeux ... mais bon ... il sait faire des greffes de la cornée alors on va lui pardonner à ce génie de la médecine... Son diagnostic: "je trouve rien". "Si j'ai rien alors qu'est-ce que j'ai" dit l’héroïne qui commence à légèrement fatiguer. "Ça doit être vos nouvelles lunettes" dit le grand spécialiste. "Elle sont sans doute mal réglées".

Quatrième épisode: la boutique d'Eliezer. Entre temps notre héroïne était en France et elle est revenue. C’était rudement pratique de ne rien voir dans la rue ni à l’aéroport ou les vols s'affichaient dans un brouillard permanent ... Elle a finalement Eliezer devant ses yeux. Elle a insisté pour que le grand optométriste en personne examine sa vue. Il n'est pas grand, une barbe toute noire et des yeux marrons très beaux, très généreux. Et là ... elle réalise qu'Eliezer est le portrait tout craché de son grand-père qui par coïncidence s'appelait Luzer. Elle en est toute retournée ... Résultats de l'examen: tout est faux (non ... sans blague), il faut rectifier la vue de prêt et la vue de loin (ce sont des verres multifocals). Quelques jours plus tard elle va récupérer ses nouvelles lunettes, enfin soulagée que cet épisode pénible de sa vie mouvementée soit enfin conclu.

Cinquième épisode et épilogue: trois jours plus tard. La salle de bain. Notre héroïne est allée à son cours de Pilatis après la sortie de Shabbat. Le Guerrier Ottoman est venu la récupérer et tous les deux ont fait de la marche, histoire d'entretenir leurs carcasses quinquagénaires. La voilà-donc dans sa salle de bain, mais elle ne trouve plus ses lunettes ... Elle cherche un peu partout, sous l’évier, sur les étagères, sur le lit, à côté de l'ordinateur, mais en vain ... Et puis crac ... cela a fait un drôle de bruit... le bruit d'un paire de lunettes brutalement écrasée par un pied pachyderme. Alors demain elle doit retourner chez Eliezer , le grand optométriste, celui qui ressemble à son grand-père. Elle le voit déjà sourire malicieusement en passant sa main dans sa barbe noire. Elle espère tout de même qu'il ne pensera pas qu'elle l'a fait exprès ... Et moi-même je me demande si cet acte manqué ne la conduira pas à de prochains épisodes. A suivre ...


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

jeudi 16 novembre 2006

Photomaton



Dans "le fabuleux destin d’Amélie Poulain" Nino a une fascination pour les photomatons. Il collectionne dans un album les photos que les gens ont négligé de ramasser après la séance photos. Et bien je dois vous signaler que Nino n'est pas le premier à y a voir pensé ... Monsieur Jeunet vous m'avez sans doute suivie depuis voilà 30 ans et comme vous savez tout sur moi, vous m'avez volé l’idée de l'obsession du photomaton. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous dénoncer ...

J'ai un rituel, une habitude: quand je suis à Paris je vais à la station de métro "Commerce" et là-bas, et nulle part ailleurs, je me prends en photo au photomaton. Pourquoi au métro "Commerce"? Parce que c'est là-bas que tout a commencé, que j'y ai fait ma première photo. J'avais 20 ans. J'ai donné cette photo à mon amie d'enfance et si par hasard vous allez dans le Berry, dans un petit village prés de Châteauroux, dans l’entrée d'une ancienne ferme splendidement rénovée, vous trouverez sur un guéridon cette photo de moi. Depuis, à plusieurs reprises je suis retournée au métro "Commerce". Quand j'avais 30 ans, 40 ans ...

Mais cela fait longtemps que je n'y suis pas retournée, depuis l'an 2000 je crois ou je m’étais prise en photo vêtue d'un manteau vert. Et cette photo a atterri elle aussi dans le Berry. Qui sait quel a été son destin? Peut-être déchirée dans une poubelle, peut-être oubliée entre des documents anodins, peut-être dans un tiroir, un secrétaire fermé à clé, un endroit secret.

Un jour je l’espère mes petit-enfants regarderont ces photos identiques de par leur cadre mais différentes de par leur forme. "Tiens tu te maquillais beaucoup quand tu avais 20 ans mamie! Dis-donc tu as l'air triste sur celle-la mais tu as un joli collier ... Et sur celle-ci tu as l'air bien pensive mamie ... ".

Les photos ont leurs histoires, mais je ne suis qu'au milieu de les raconter, je l’espère.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

lundi 13 novembre 2006

Les enfants de Léo

J'ai vu "Aime ton père" de Jacob Berger cette semaine alors que mon humeur virait carrément du bleu-gris au noir sans fond. C'est dans ce nuage qui ne demandait qu'à exploser et répandre sa rage sur tout ce qui passait que je fus rejointe par ce couple passionnel: Gérard et Guillaume Depardieu.

Léo (Gérard Depardieu), écrivain de son état, vient de recevoir le prix Nobel, consécration d'une carrière que l'on soupçonne phénoménale. Il est génial, on n'en doute pas, assisté par sa fille (Sylvie Testud) dans ce labeur incessant de la création. Très crispée cette fifille d'ailleurs. On soupçonne quelque tracas, quelques rancunes. Mais quoi donc? Elle est à ses côtés comme une servante sert son maitre, liée à lui de par son état. Léo prendra sa moto pour aller à Stockholm, contre tout bon jugement il semble, et surtout pour emmerder tout le monde. Peut-être a t-il besoin d’être seul sur la route ce géant de la littérature ... Son fils à la vie comme sur la pellicule (Guillaume Depardieu) lui tendra un piège. Pourtant en le séquestrant il libèrera son père. En lui faisant violence il lui donnera vie. En le haïssant il lui apprendra l'amour.

Le combat de chiens Depardieu-Depardieu est presque insoutenable. On se demande comment Gérard Depardieu a pu faire face au talent de son fils sans frémir de jalousie et de joie à la fois. C'est pourtant évident: Guillaume Depardieu est hallucinant, plus vrai que la vérité, plus rouge que le sang lui-même, plus noir que tous les destins. Gérard Depardieu, séquestré, attaché, lui donne la réplique pas seulement en tant que personnage, écrivain au coeur mort, forcé de donner de la place à l'amour, mais aussi en tant qu'acteur forcé de donner de la place, sinon presque toute la place, au talent de l'autre - et pas n'importe quel autre.

On ne peut pas voir ce film sans remettre en question notre relation avec nos parents. Lorsque l'enfant détruit les pages du livre de Léo, ne sommes nous pas tous ainsi, monstrueux enfants, détruisants à jamais les pages de la vie insouciante de nos parents pour les teindre de bleu, rouge, violet, pour les forcer à vivre à travers nous et pour nous alors que leur oeuvre personnelle, leur vie, s'oppose parfois à tout ce que nous sommes. Léo reflète ce côté du père qui hait son enfant pour l'avoir muselé, étouffé. Mais quand Léo hurlera "tu m’étouffes, je peux plus écrire, tu m’étouffes", ce n'est pas à celui qui le brutalise qu'il dit cela, mais au contraire à celle qui la toujours servi et admiré.

Le film s'appelle "Aime ton père" et c'est l'histoire d'enfants qui ont cédé toute la place et toute leur vie à leur père, chacun de façon différente. Jacob Berger veut-il par ce titre nous dire que tout sacrifier pour l'autre c'est justement ne pas l'aimer? A la fin de cette histoire les enfants de Léo sauront enfin comment aimer leur père et Léo refera sa vie avec de la lumière dans les yeux, cette lumière qui lui manquait tant.




Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

jeudi 9 novembre 2006

Je parle comme je suis


Je parlais d’amitié hier et auparavant de mes fils les princes et mes filles les passionarias. Ainsi je suis parfois l'amie, parfois la mère. Je suis parfois (plutôt toujours) l’épouse, parfois la soeur, parfois dans mon rôle de tata. Je suis la traductrice, la narratrice, la poétesse (mais sans muse depuis un moment - le poste est libre). Je suis l’étudiante en sciences politiques et aussi la modératrice sur yahoo.groups d'une liste pour les enfants de survivants de la shoah (le groupe est en anglais).

Quand j’étais petite ma mère insista pour m'envoyer dans un programme bilingue et je partageais les bancs de l’école avec des petits américains tous "cute like buttons". J'ai toute un pan de ma vie qui se passe en anglais - avec mon mari, mes amis, mon travail d’écriture. 90% de mes amis sont anglo-saxons. J'ai une autre facette de mon existence qui se passe en hébreu avec mes enfants, mes études à l’université et tout mon environnement quotidien. Et j'ai aussi ce pan de ma vie qui se passe en français dans une autre sphère liée à mon enfance, ma famille d'origine, mes racines culturelles et émotionnelles. Aussi quand mon oncle Srul était encore de ce monde je lui parlais en allemand, et depuis sa mort en 1992, cette langue s'est éteinte pour moi et elle me manque. J'avais un blog en anglais, je l'ai arrêté. Je me dispersais trop.

Il y a quelques années j'ai pris des cours de polonais car je suis , entre autre, fascinée par les registres civils polonais du début et milieu du 19e siècle, tracées hélas dans un polonais illisible. Il me suffit de 2 ou 3 cours pour réaliser que cette langue n’était pas du tout inconnue pour moi. Pourtant mes parents n'avaient jamais parlé le polonais à la maison, uniquement le yiddish. Mais j'insistais pour comprendre ce phénomène ... mes parents étant décédés depuis belle lurette je n'eus de recourt que de procéder à ma propre investigation. Pourquoi cette langue étrangère m’était-t'elle si familière?

Je reconstituais ce scenario: en 1957 mon père retrouva son frère vivant en Pologne. Ce frère envoya son fils de 8 ans vivre chez nous pendant à peu près un an. Cet enfant ne parlait que le polonais à son arrivée ... Tout cela se passait pendant la première année de mon existence. J'oubliais tout évidemment et puis un jour, environ 40 ans après, je pris des cours de polonais et plus j'apprenais cette langue plus j'avais besoin de ma mère. Ma mère me manquait, me manquait ... C’était insoutenable. Finalement j’arrêtai mes cours comme on descend précipitamment d'une machine à remonter le temps. J'ai plié mes notes et les ai rangées au fond d'un tiroir. Et puis parfois, un film, ou deux, ou trois, de Kieslowski me renvoie à cette langue que je connais sans l'avoir connue.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

mercredi 8 novembre 2006

Sept, huit, neuf

 Je vois que ma dernière note a semé l’épouvante et le silence parmi mes fidèles lecteurs et commentateurs ... Je passe donc à un sujet plus compatible avec la blogosphere ambiante: l’amitié.

Quand j’étais jeune j'avais deux très grands amis inséparables, c'est à dire qu'ils étaient inséparables de ma personne. Je voyais soit l'un, soit l'autre, mais jamais ensemble. Ils avaient l'un pour l'autre une hostilité énorme et ne se rencontraient jamais. Ils avaient pourtant une chose en commun: je les avais rencontrés tous les deux au même moment, en septembre 1968, environ deux mois avant mon douzième anniversaire.

L'un était un garçon âgé de 15 ans, un homme quoi, vu de mes 12 ans. Il suffit d'ailleurs que je pose mes jeunes yeux sur lui pour savoir que mon destin se mettait en marche. Quand à elle, ma nouvelle amie, elle venait d'atterrir de Paris dans une ville affreuse de province et je me proposais immédiatement pour rompre sa solitude. Elle est encore à ce jour ma grande amie comme on dit grande prêtresse.

C’était facile à cette époque de se faire des amis et c'est moins facile plus tard où tant d'obstacles se donnent le mot pour gâcher les relations avant même qu'elles ne démarrent. Et puis, faut-il le préciser j'ai laissé derrière moi tous mes amis à l'age de 21 pour émigrer en Israël. Ici les gens ont leur clan. Ce sont les amis du lycée, de l’armée parfois de l’université. Et puis après ... il semble que personne ne soit intéressé à former de nouvelles amitiés.

Mais moi, j'ai une nouvelle amie. Elle est arrivée dans ma vie à l'aube de mes 50 ans comme un miracle, comme un coup de baguette magique. Je la connais depuis peu de temps mais j'ai l'impression d'avoir grandi avec elle. J'ai même l'impression parfois de savoir déjà ce qu'elle me raconte de sa vie, comme si ma conscience la connaissait avant même que j'ai fait sa connaissance. Faulkner a écrit: "Memory believes before knowing remembers". Peut-être l'ai-je déjà connue dans une autre vie, une autre sphère ... et je l'ai oubliée - mais ma mémoire se souvient d'elle et lui donne toute sa confiance.

Elle se reconnaîtra si elle lit ce message et je veux qu'elle sache: elle est ma douce et magnifique messagère de l'espoir, augure de jours calmes et heureux ou les heures sereines effacent toutes les peines.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

mardi 7 novembre 2006

Arba, hamesh, shesh

 Cette matinée est vraiment emblématique de la société israélienne. Nous nous réveillons au son de deux cloches qui donnerait à tout citoyen normal des cauchemars. Mais en Israël, il n'est pas nécessaire de s'endormir pour faire des cauchemars.

Il suffit d'allumer la télé ou la radio ce matin pour comprendre la profondeur du piège que l’état israélien s'est tendu à lui-même à force d’être traqué par une réalité destructrice et insoutenable.

Deux items aux nouvelles de ce matin:

1. Les protestations et manifestations violentes contre le défilé des gays prévu pour ce vendredi à Jérusalem semblent prendre des proportions tout à fait alarmantes. Les gays présentent leur défilé comme une représentation, un reflet de la belle démocratie - puisqu’Israël est une démocratie. Les ultra-orthodoxes dénoncent ce défilé comme abusif et agressif envers la qualité sacrée de la ville de Jérusalem, aussi bien d'ailleurs pour les Juifs que pour les Chrétiens et les Musulmans. A vrai dire le consensus de la population israélienne s'oppose à ce défilé à Jérusalem et pas à Tel-Aviv par exemple ou un défilé de gays se déroule tous les ans sans aucun problème. Ce qui différencie les ultra-orthodoxes du reste de la population c'est la rage et la violence qu'ils expriment dans les rues de la ville. Il semble qu'à leurs yeux la limite ait été atteinte et qu'ils considèrent leurs droits individuels de citoyens suffisamment bafoués pour justifier une révolte et des batailles rangées avec la police israélienne.

2. Le bombardement d'un immeuble palestinien a Beit Hanoun, provoquant la mort de 19 civils. L’armée israélienne n'est décidément plus ce qu'elle était. Il fut une époque ou lorsqu'on visait une cible militaire on touchait une cible militaire, pas de pauvres gens endormis dans leur lit. Bref il s'agit d'une erreur, encore une, et tous les dirigeants israéliens se répandent en excuses proposant même des soutiens et des aides médicales pour les familles. Et l'on va ouvrir un comité d’enquête ... encore un, avec l'argent des contribuables, qui ne savent plus ou donner de la tète avec tous ces comités d’enquêtes sur les erreurs militaires, les ministres corrompus, le président pris la main dans le heu sac et ainsi de suite ...

Parfois je suis envahie par la confusion: sommes-nous en guerre ou non avec les palestiniens? Je croyais que oui puisqu'ils larguent quotidiennement des bombes "artisanales" sur des villes israéliennes ... Dans ce cas pourquoi se comporter comme si on ne l’était pas? Quelque chose n'est pas clair. Je n'ai pas à l'esprit qu'aucun pays arabe ait proposé un soutien financier, médical ou quoi que ce soit après les centaines d'attentats terroristes palestiniens qui on eut lieu contre des civils en Israël. Il a toujours été limpide comme de l'eau de roche que les palestiniens étaient en guerre contre les civils israéliens - par le biais d'attentats terroristes, aussi bien évidemment que contre l’armée israélienne.

Pourquoi donc l’état israélien fait il une dichotomie entre le Hamas au pouvoir dont la chartre est toujours de détruire Israël et ses habitants, et les civils palestiniens qui ont voté, soit-dit en passant, en grande majorité pour le Hamas? Pourquoi s'excuser? Parce qu'on se sent obligés de s'excuser? Quelle hypocrisie ...

Il n'y a bien qu'une seule chose qui préviendra la mort de civils palestiniens et ce n'est pas comme les palestiniens le clament le retrait total de l’armée israélienne de tous les territoires occupés. Ce retrait se fera a son heure, mais pas maintenant ... L’armée israélienne s'est en effet retirée de Gaza, comme tout le monde le sait, et des milliers d’Israéliens ont été déplacés, pour ne pas utiliser le verbe sensible "déportés".

Non, il n'y a bien qu'une seule chose qui permettra aux civils palestiniens de vivre comme tout le monde et c'est la discontinuation immédiate des attentats palestiniens sur la population civile israélienne, des attentats quotidiens sur la ville de Sderot et les alentours de la bande nord de Gaza. Cette logique argumentaire passe hélas à coté des décideurs palestiniens qui depuis des années ne se lassent de crier au massacre des que Tzahal dévie de ses cibles militaires alors qu'ils sont eux-mêmes les perpétrateurs de massacres systématiques.

En attendant que ce jour ait lieu, je m'associe à ce qu'un de mes amis m'a dit récemment: les enfants ne sont jamais coupables, ou qu'ils soient dans le monde. C'est dans ce contexte que je regrette la mort de victimes civiles palestiniennes tout en étant réaliste et sachant que beaucoup n'ont aucun regret lorsque des enfants israéliens sont bombardés et massacrés à Sderot ou ailleurs en Israël.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

dimanche 5 novembre 2006

Raz, dwa, trzy

J'ai vu à la file les "Trois couleurs - bleu , blanc, rouge". Cela a pris plus de 5 heures, entre 7h du matin et 12.30h. Moi toute seule, heureuse comme une enfant devant une grande poupée, et sur l’écran la puissance évocatrice et symbolique de Kieslowski. J'ai vu "Bleu" au moins trois fois, mais je ne me lasse pas du visage de Juliette Binoche traqué par la lumière et les ombres bleues. Je ne me lasse pas de sa solitude, de son dépouillement, son dénuement pour mieux se rehumaniser et connaitre la liberté primaire après le néant ou presque néant. Car c'est la morale de ce film: il n'y a pas de néant, pas d'absence totale, pas de solitude parfaite, pas de mise à l’écart de la société. La société, la communauté nous font hommes et femmes. A la fin du film l’héroïne pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

J'avais vu dans le passé des extraits de "Blanc" et "Rouge". "Blanc" m'avait semblé tranchant, méchant, un exercice sur le vide identitaire, l'impuissance, sans logique. Mais tout est au contraire une succession logique dans cette histoire de couple dénivelé, de guerre à l'égalité, d'amour violent non-consommé. Ce Karol Karol passe du pauvre type complètement plumé à l'homme d'affaire qui se fait de l'argent plus vite que son ombre. De l'impuissance à la puissance simplement en s'endormant dans une valise. C'est de la magie çà! A la fin du film le héros pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

"Rouge" aussi s’était présenté à moi d'abord par petits bouts ... la grimace de Jean Louis Trintignant contre le visage lumineux d’Irène Jacob que j'aime tant depuis "La double vie de Véronica"". Mais dans cette histoire lentement sombre, puis radieuse, de destins parallèles je me retrouve aussi. La vie est ainsi faite, le silence de l'un contre l'expression de l'autre, la douleur de l'un contre la douleur de l'autre. C'est une vraie histoire d'amour entre un vieil homme usé et une jeune femme éraflée, vidée de son sens, effrayée par la vie. Sofia Coppola avait 22 ans en 1993. Ce serait-elle inspirée de "Rouge" pour "Lost in Translation"? A la fin du film le héros pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

Puis pour le final de la saga, dans un élan de fraternité, les trois couples de bleu, blanc, rouge, se retrouvent liés par le destin. Le destin terrible, manichéen, mais si maternel et optimiste qu'on a envie de le serrer dans nos bras, fort, plus fort encore, pour qu'il ne s’échappe plus jamais et qu'il continue à nous nourrir de son inspiration et de sa force.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

jeudi 2 novembre 2006

Chez Judith

Quand j’étudie à la bibliothèque je vais boire un café et manger un morceau chez Judith, de l'autre côté de la rue. Judith a un genre de boui-boui en bas d'une grande bâtisse, trois petites tables en plastique blanc à côté d'un long comptoir derrière lequel elle règne telle une héroïne de Jean-Pierre Jeunet.

Elle vous sert la soupe du jour qu'elle prépare tous les midis. Elle vous apporte une grande assiette fumante et vous fait la causette tout en servant à d'autres clients au comptoir des cigarettes, des billets de loterie, des chewing gums, des falafels. Elle se souvient de tout: combien de sucre vous mettez dans votre café, si vous aimez le piquant ou pas, si vous prenez du pain avec la soupe. Elle vous apporte le journal à lire, c'est gratis avec la soupe, mais il faut le garder propre pour les autres clients ...

Elle se souvient de tous vos petits soucis , ceux dont vous lui avez parlé depuis les quelques années ou vous la connaissez. Ses clients sont des employés des petites boutiques avoisinantes de fringues, d'appareils ménagers, de tissus, de photographie. Ses réguliers sont les infirmières, les médecins et les patients de la caisse de maladie qui s’étend sur tout le troisième étage de l'immeuble. Ce sont les employés et les visiteurs du ministère de l’intérieur situé au 2e étage. Et il y a aussi le rabbinat, extrêmement fréquenté, au premier étage. C'est bien pour cela que le boui-boui de Judith est casher "le mehadrin".

C'est comme çà d'ailleurs que j'ai rencontré Judith la première fois ... J'avais accompagné une amie au rabbinat, pour son divorce. Après la séance plutôt maussade chez les rabbins, les époux désunis, le témoin du presque ex et moi-même avions fait une pause café chez Judith - tous les quatre agglutinés autour d'une table d'un mettre carré ... De façon tout à fait inattendue, nous étions tous de bonne humeur, sans doute soulagés d'avoir survécu aux interrogations de l'institution rabbinique.

L'autre jour j'ai vu un monsieur d'une quarantaine d’années, impeccablement habillé et bien de sa personne, qui se pressait de manger et tel le lapin d'Alice aux merveilles s'enfuyait de chez Judith en lui criant " Je suis en retard ...merci, merci!! A lundi prochain!".

Je ne sais pas comment tout ce monde tient dans les trois petites tables. Moi quand j'y suis, j'ai toujours l'impression qu'il n'y a que deux ou trois personnes et que Judith s'occupe de moi comme si j’étais sa seule cliente et qu'elle n'avait attendu que moi toute la journée.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007