vendredi 17 novembre 2006

Le grand optometriste


Introduction: nous sommes en septembre 2006 et notre héroïne décide d'aller chez l’optométriste suite à une constatation renversante, elle n'y voit plus rien. Les panneaux de direction demeurent bien évasifs pour elle, et ses livres de cours semblent avoir des lettres clignotantes. "Il est temps de changer mes lunettes" s'exclame-t-elle. C'est là que le Guerrier Ottoman prononcera la phrase fatidique: "va chez Eliezer, je le connais de la synagogue, il est très bien".

Premier épisode: notre héroïne, très respectueuse de l'avis de son époux, se dirige donc le lendemain vers le cabinet d'Eliezer, le grand optométriste. Il est absent lui dit-on mais un charmant jeune homme qui se dit optométriste l'engage à s’asseoir sur un beau fauteuil noir pour examiner sa vue. Son ordonnance est dans le collimateur et quelques jours plus tard elle récupère ses nouvelles lunettes.

Deuxième épisode: quinze jours plus tard notre héroïne se réveille avec une migraine à couper au couteau. Gavée d'Optalgin elle sort de chez-elle pour découvrir que l'univers s'est pratiquement dédoublé pendant son sommeil. Sa vision focale a pris des vacances ... Impossible de traverser la rue ... Elle rentre chez elle, allume la télé et là elle voit deux Tom Cruise faire de l'alpinisme sur deux flans de montagne. "Assez" s'écria-t’elle et elle prend rendez-vous illico chez son médecin. Le médecin lui prend la tension et l’envoie tout droit aux urgences craignant un décollement de la rétine.

Troisième épisode: tribulations de notre héroïne aux urgences. Elle est accompagnée du Guerrier Ottoman et de la Passionaria qui justement visitait ses parents ce jour là. Médecin numéro un, médecin numéro deux. Évidemment elle n'a rien. Vous connaissez ce genre de tirade que les médecins affectionnent "vous n'avez rien mais revenez la semaine prochaine". Alors l'oculiste des urgences il lui dit "je ne vois rien mais prenez rendez-vous pour demain matin à l’hôpital chez un spécialiste de la cornée". Le lendemain matin le Guerrier Ottoman toujours à son poste à ficher en l'air sa demi journée de travail ... Attente de trois heures pour parler au grand spécialiste, la quarantaine sympathique (joli minois), il a un peu trop tendance à parler au téléphone pendant que notre héroïne a des produits qui piquent dans les yeux ... mais bon ... il sait faire des greffes de la cornée alors on va lui pardonner à ce génie de la médecine... Son diagnostic: "je trouve rien". "Si j'ai rien alors qu'est-ce que j'ai" dit l’héroïne qui commence à légèrement fatiguer. "Ça doit être vos nouvelles lunettes" dit le grand spécialiste. "Elle sont sans doute mal réglées".

Quatrième épisode: la boutique d'Eliezer. Entre temps notre héroïne était en France et elle est revenue. C’était rudement pratique de ne rien voir dans la rue ni à l’aéroport ou les vols s'affichaient dans un brouillard permanent ... Elle a finalement Eliezer devant ses yeux. Elle a insisté pour que le grand optométriste en personne examine sa vue. Il n'est pas grand, une barbe toute noire et des yeux marrons très beaux, très généreux. Et là ... elle réalise qu'Eliezer est le portrait tout craché de son grand-père qui par coïncidence s'appelait Luzer. Elle en est toute retournée ... Résultats de l'examen: tout est faux (non ... sans blague), il faut rectifier la vue de prêt et la vue de loin (ce sont des verres multifocals). Quelques jours plus tard elle va récupérer ses nouvelles lunettes, enfin soulagée que cet épisode pénible de sa vie mouvementée soit enfin conclu.

Cinquième épisode et épilogue: trois jours plus tard. La salle de bain. Notre héroïne est allée à son cours de Pilatis après la sortie de Shabbat. Le Guerrier Ottoman est venu la récupérer et tous les deux ont fait de la marche, histoire d'entretenir leurs carcasses quinquagénaires. La voilà-donc dans sa salle de bain, mais elle ne trouve plus ses lunettes ... Elle cherche un peu partout, sous l’évier, sur les étagères, sur le lit, à côté de l'ordinateur, mais en vain ... Et puis crac ... cela a fait un drôle de bruit... le bruit d'un paire de lunettes brutalement écrasée par un pied pachyderme. Alors demain elle doit retourner chez Eliezer , le grand optométriste, celui qui ressemble à son grand-père. Elle le voit déjà sourire malicieusement en passant sa main dans sa barbe noire. Elle espère tout de même qu'il ne pensera pas qu'elle l'a fait exprès ... Et moi-même je me demande si cet acte manqué ne la conduira pas à de prochains épisodes. A suivre ...


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

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