Le Jeudi 21 novembre 1963 je me réveille déjà intriguée par cette journée. J'ai invité mes petites amies de l’école. Je ne me souviens pas de ma fête d'anniversaire qui aura lieu plus tard dans l’après-midi. Je me souviens seulement que ma mère était présente ... elle n’était pas allée a l'atelier (en réalité une fabrique de vêtements de cuir). C’était donc un grand jour pour moi. Ma mère n’était jamais malade alors les seules autres occasions où elle n'allait pas terroriser son cheptel de secrétaire, mécaniciennes et coupeurs, c’était quand j'avais une bronchite. Vous surprendrai-je en vous avouant que j'ai souffert durant toute mon enfance et adolescence de bronchite chronique... Pour mes sept ans je reçois un couple de canaris. Le jour-même j'entreprends de leur apprendre à chanter, ce qui 43 ans plus tard me semble un peu incongru mais bon ... Mon anniversaire en famille sera fêté le lendemain, et le lendemain c'est ... Le vendredi 22 novembre 1963.
Je me réveille comme d'habitude dans l'angoisse d'aller à l’école. Et oui je suis Miss Angoisse 1963, effrayée par tout: la maitresse d’école qui vient de terminer sa formation continue dans les caves de l'Inquisition, mes petites camarades aussi sympathiques que Resident Evil, la bonne qui fait semblant de s'occuper de moi (elle a 16 ans), le chauffeur d'autobus libidineux, le boucher au regard d'alcoolique.
J'attends ma grande sœur et son mari pour cet après-midi. J'aime ma grande sœur sans savoir ce que l'amour d'une sœur veut dire. Je le saurai plus tard, je le sais aujourd'hui. Elle m'apporte des livres. Elle me demande ce que je fais à l’école. Je lui montre mes dessins. Il faut dire que ma grande sœur, elle est vraiment vraiment grande: elle est de vingt ans mon ainée. Elle était enfant pendant la Shoah. Elle vient d'un autre endroit, d'une autre enfance.
Pour le diner, la famille est réunie. Le gefilte fish est sur la table pendant que dans la cuisine mon gâteau d'anniversaire attend le moment du dessert. Mais personne ne mange plus à table... Ils sont tous debout près de la radio depuis au moins une heure. Même la bonne , elle est venue se mettre avec eux, près d'eux, comme si ce qui la séparait depuis toujours des patrons ne la séparait plus. Je les vois de dos, ils sont immobiles. Je devrais dormir depuis longtemps, je suis fatiguée. Je comprends qu'on ne fêtera pas mon anniversaire ce soir-là.
A la fin du flash d'information sur Europe 1, tous se dispersent comme des oiseaux effarouchés: la bonne retourne à sa cuisine en reniflant, ma mère farfouille dans les tiroirs de la buanderie la tête baissée, mon beau-frère se met le visage derrière un livre, mon père allume une cigarette et s'enferme dans la salle de bain. Ma sœur a un drôle de sourire vers le bas. Un sourire à l'envers. Elle regarde sa jupe.
- Maman m'a acheté des oiseaux. lui dis-je.
- Il est tard. Tu devrais aller te coucher.
Elle avait l'air si triste, alors je lui ai dit:
- Un jour, je me marierai avec un américain ... si je t'assure.
Neuf mois après ce jour fatidique où le président des Etats Unis et toute la nation américaine avec lui me volèrent ma fête d'anniversaire, je commençais l’année scolaire à l’école bilingue internationale de Touvent à Châteauroux. The rest is history ...
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

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