Quand
j’étudie à la bibliothèque je vais boire un café et manger un
morceau chez Judith, de l'autre côté de la rue. Judith a un genre
de boui-boui en bas d'une grande bâtisse, trois petites tables en
plastique blanc à côté d'un long comptoir derrière lequel elle
règne telle une héroïne de Jean-Pierre Jeunet.
Elle
vous sert la soupe du jour qu'elle prépare tous les midis. Elle vous
apporte une grande assiette fumante et vous fait la causette tout en
servant à d'autres clients au comptoir des cigarettes, des billets
de loterie, des chewing gums, des falafels. Elle se souvient de tout:
combien de sucre vous mettez dans votre café, si vous aimez le
piquant ou pas, si vous prenez du pain avec la soupe. Elle vous
apporte le journal à lire, c'est gratis avec la soupe, mais il faut
le garder propre pour les autres clients ...
Elle
se souvient de tous vos petits soucis , ceux dont vous lui avez parlé
depuis les quelques années ou vous la connaissez. Ses clients sont
des employés des petites boutiques avoisinantes de fringues,
d'appareils ménagers, de tissus, de photographie. Ses réguliers
sont les infirmières, les médecins et les patients de la caisse de
maladie qui s’étend sur tout le troisième étage de l'immeuble.
Ce sont les employés et les visiteurs du ministère de l’intérieur
situé au 2e étage. Et il y a aussi le rabbinat, extrêmement
fréquenté, au premier étage. C'est bien pour cela que le boui-boui
de Judith est casher "le mehadrin".
C'est
comme çà d'ailleurs que j'ai rencontré Judith la première fois
... J'avais accompagné une amie au rabbinat, pour son divorce. Après
la séance plutôt maussade chez les rabbins, les époux désunis, le
témoin du presque ex et moi-même avions fait une pause café chez
Judith - tous les quatre agglutinés autour d'une table d'un mettre
carré ... De façon tout à fait inattendue, nous étions tous de
bonne humeur, sans doute soulagés d'avoir survécu aux
interrogations de l'institution rabbinique.
L'autre
jour j'ai vu un monsieur d'une quarantaine d’années,
impeccablement habillé et bien de sa personne, qui se pressait de
manger et tel le lapin d'Alice aux merveilles s'enfuyait de chez
Judith en lui criant " Je suis en retard ...merci, merci!! A
lundi prochain!".
Je ne
sais pas comment tout ce monde tient dans les trois petites tables.
Moi quand j'y suis, j'ai toujours l'impression qu'il n'y a que deux
ou trois personnes et que Judith s'occupe de moi comme si j’étais
sa seule cliente et qu'elle n'avait attendu que moi toute la journée.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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