J'ai
vu à la file les "Trois
couleurs - bleu , blanc, rouge". Cela a pris plus de 5
heures, entre 7h du matin et 12.30h. Moi toute seule, heureuse comme
une enfant devant une grande poupée, et sur l’écran la puissance
évocatrice et symbolique de Kieslowski. J'ai vu "Bleu" au
moins trois fois, mais je ne me lasse pas du visage de Juliette
Binoche traqué par la lumière et les ombres bleues. Je ne me lasse
pas de sa solitude, de son dépouillement, son dénuement pour mieux
se rehumaniser et connaitre la liberté
primaire après le néant ou presque néant.
Car c'est la morale de ce film: il n'y a pas de néant, pas d'absence
totale, pas de solitude parfaite, pas de mise à l’écart de la
société. La société, la communauté nous font hommes et femmes. A
la fin du film l’héroïne pleure enfin ... non sans qu'auparavant
une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage
...
J'avais
vu dans le passé des extraits de "Blanc" et "Rouge".
"Blanc" m'avait semblé tranchant, méchant, un exercice
sur le vide identitaire, l'impuissance, sans logique. Mais tout est
au contraire une succession logique dans cette histoire de couple
dénivelé, de guerre à l'égalité,
d'amour violent non-consommé. Ce Karol Karol passe du pauvre type
complètement plumé à l'homme d'affaire qui se fait de l'argent
plus vite que son ombre. De l'impuissance à la puissance simplement
en s'endormant dans une valise. C'est de la magie çà! A la fin du
film le héros pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille
dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...
"Rouge"
aussi s’était présenté à moi d'abord par petits bouts ... la
grimace de Jean Louis Trintignant contre le visage lumineux d’Irène
Jacob que j'aime tant depuis "La
double vie de Véronica"". Mais dans cette
histoire lentement sombre, puis radieuse, de destins parallèles je
me retrouve aussi. La vie est ainsi faite, le silence de l'un contre
l'expression de l'autre, la douleur de l'un contre la douleur de
l'autre. C'est une vraie histoire d'amour entre un vieil homme usé
et une jeune femme éraflée, vidée de son sens, effrayée par la
vie. Sofia Coppola avait 22 ans en 1993. Ce serait-elle inspirée de
"Rouge" pour "Lost
in Translation"? A la fin du film le héros pleure
enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne
jette une bouteille au recyclage ...
Puis
pour le final de la saga, dans un élan de
fraternité, les
trois couples de bleu, blanc, rouge, se retrouvent liés par le
destin. Le destin terrible, manichéen, mais si maternel et optimiste
qu'on a envie de le serrer dans nos bras, fort, plus fort encore,
pour qu'il ne s’échappe plus jamais et qu'il continue à nous
nourrir de son inspiration et de sa force.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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