dimanche 5 novembre 2006

Raz, dwa, trzy

J'ai vu à la file les "Trois couleurs - bleu , blanc, rouge". Cela a pris plus de 5 heures, entre 7h du matin et 12.30h. Moi toute seule, heureuse comme une enfant devant une grande poupée, et sur l’écran la puissance évocatrice et symbolique de Kieslowski. J'ai vu "Bleu" au moins trois fois, mais je ne me lasse pas du visage de Juliette Binoche traqué par la lumière et les ombres bleues. Je ne me lasse pas de sa solitude, de son dépouillement, son dénuement pour mieux se rehumaniser et connaitre la liberté primaire après le néant ou presque néant. Car c'est la morale de ce film: il n'y a pas de néant, pas d'absence totale, pas de solitude parfaite, pas de mise à l’écart de la société. La société, la communauté nous font hommes et femmes. A la fin du film l’héroïne pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

J'avais vu dans le passé des extraits de "Blanc" et "Rouge". "Blanc" m'avait semblé tranchant, méchant, un exercice sur le vide identitaire, l'impuissance, sans logique. Mais tout est au contraire une succession logique dans cette histoire de couple dénivelé, de guerre à l'égalité, d'amour violent non-consommé. Ce Karol Karol passe du pauvre type complètement plumé à l'homme d'affaire qui se fait de l'argent plus vite que son ombre. De l'impuissance à la puissance simplement en s'endormant dans une valise. C'est de la magie çà! A la fin du film le héros pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

"Rouge" aussi s’était présenté à moi d'abord par petits bouts ... la grimace de Jean Louis Trintignant contre le visage lumineux d’Irène Jacob que j'aime tant depuis "La double vie de Véronica"". Mais dans cette histoire lentement sombre, puis radieuse, de destins parallèles je me retrouve aussi. La vie est ainsi faite, le silence de l'un contre l'expression de l'autre, la douleur de l'un contre la douleur de l'autre. C'est une vraie histoire d'amour entre un vieil homme usé et une jeune femme éraflée, vidée de son sens, effrayée par la vie. Sofia Coppola avait 22 ans en 1993. Ce serait-elle inspirée de "Rouge" pour "Lost in Translation"? A la fin du film le héros pleure enfin ... non sans qu'auparavant une vieille dame courbée en deux ne jette une bouteille au recyclage ...

Puis pour le final de la saga, dans un élan de fraternité, les trois couples de bleu, blanc, rouge, se retrouvent liés par le destin. Le destin terrible, manichéen, mais si maternel et optimiste qu'on a envie de le serrer dans nos bras, fort, plus fort encore, pour qu'il ne s’échappe plus jamais et qu'il continue à nous nourrir de son inspiration et de sa force.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

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