samedi 30 septembre 2006

Soirées piquantes garanties



Je me suis mise au poisson le Shabbat. C'est une évolution qui mérite une pause car jusqu'a présent, j'ai toujours déclaré que le poisson comme plat d'entrée était du "overkilling" culinaire. Pour dire les choses simplement, quand les enfants étaient petits, si on mangeait du poisson, ensuite il n'avaient plus faim pour la viande. Bref il fut un temps, il y a environ 20 ans, ou les enfants étaient les girouettes de toute décision domestique. No more tyranny ... Plus maintenant ...

Et pourtant, c'est ma plus jeune fille, l'Elfe de Fer, qui m'a introduite au poisson de Shabbat et pas n'importe lequel, le poisson piquant. C'est donc à elle que revient ce changement qui semble trivial mais est en fait enraciné dans le rituel. Dans la hassidout Ashlag à laquelle l'Elfe de Fer est affiliée, il est impératif de servir du poisson à tous les repas de Shabbat.

Avertissement:
Je n'accorde moi-même aucune confiance aux recettes et je n'en ai jamais suivies aucune de ma vie - un principe que j'ai scrupuleusement appris chez ma mère - je suis donc une grande adepte des variantes. Cette recette est purement indicative, d'autant plus qu'elle ne sort d'aucun livre de cuisine: elle a simplement été empiriquement approuvée. Ceci-dit, la harissa, c'est un peu raide pour les gens qui n'ont pas l'habitude ... si vous invitez vos parents qui ont plutôt l'habitude du gefilte fish, ne vous voyez pas obligés de les envoyer à l'hôpital en suivant ma recette à la lettre. Essayez-vous d'abord avec des amis ou mieux, sur une grande tante, qui sera ravie ensuite de raconter à toutes ses amies que sa famille veut la tuer pour hériter de son samovar.

Le poisson piquant d'Orange Pressée

Les ingrédients:

Perche du Nil - 1,5 kilo
3 poivrons rouges
2 tomates
2 grands oignons
8 gousses d'ail (laisser entier)
1/2 tasse d'huile d'olive
400g de sauce tomate
Une bonne cuillère à soupe de harissa
Sel, poivre, coriandre ou paprika doux

Comment procéder:

Utilisez une grande poêle.
Effiler les oignons et éplucher l'ail (laissez entier).
Faire dorer les oignons et l'ail dans l'huile d'olive.
Pendant ce temps découper les tomates et les poivrons en morceaux.
Mélanger avec l'oignon et l'ail, couvrir et faire revenir quelques minutes.
Pendant ce temps mélanger la harissa avec la sauce tomate et une tasse d'eau chaude.
Découper le poisson en morceaux.
Déposer les morceaux de poissons dans la poêle.
Couvrir avec la sauce tomate.
Assaisonner avec sel, poivre et coriandre. On peut utiliser du paprika doux à la place du coriandre.
Porter à  ébullition, puis faire cuire couvert sur feu moyen environ 30 minutes.



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mercredi 27 septembre 2006

Funambulisme

 Retour difficile. Les retours de Paris sont toujours des re-équilibres difficiles à exécuter. Dans des périodes comme celles-là, telle une funambule je me concentre sur le prochain pas, puis sur le suivant. Je ne regarde ni a droite, ni a gauche, ni en haut, et surtout pas en bas.

Entre le jour du jugement, à Rosh-Hashana et le jour du Pardon, à Yom Kippour, entre mon enfance et mon devenir, s'étend une corde sur laquelle je suis suspendue. Mais soudain, entre deux pas, sans même en prendre conscience, je ferme les yeux comme je le faisais autrefois dans les rues de ma ville natale. Ma main dans celle de ma mère j'écoute les claquements rapides de ses talons sur l'asphalte. Mis en confiance par cette trépidation je me laisse guider. Ma mère connait le chemin et entre mes paupières je me contente de régler, insouciante, la projection des lumières de la ville sur ma rétine. Ainsi je commets le pire des crimes pour une équilibriste: je rêve. Et seuls des mots magiques encore imbriqués dans ce rêve peuvent m'accompagner avec compassion vers la réalité, me réveiller et me remettre sur le droit chemin, l'étroit chemin.



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jeudi 21 septembre 2006

Le 17/09/06 à Neuvy-Saint -Sepulchre



A Neuvy j'ai prononcé une allocution. Le royaliste, le magicien et la charmante verseuse de thé, m'ont tous-trois aidé à rendre ce texte présentable.

Les gazettes du coin résumeront officiellement pour nous les éléments marquants de cette journée. Je me limiterai à quelques notes personnelles... J'ai parlé avec beaucoup de gens qui m'ont abordée pour me poser des questions sur Israël. Le conseiller régional se pressa de me rattraper dans la rue même ou ma famille fut jadis cachée "je voudrais vous demander quelque chose sur les affaires qui vous concernent ... chez vous". Je lui ai répondu "mais ce qui nous concerne, vous concerne également". Dieu seul sait comment l'esprit vient aux israéliennes égarées dans la campagne ...

Au président des amitiés judéo-chrétiennes je faisais part de mon admiration pour cette œuvre de rapprochement, ceci entre les 800 mètres qui séparaient le monument au mort ou se déroula le début de la cérémonie et l'endroit du square des justes. Je m'engageai tout de go sur le sujet sensible des dernières déconvenues papales et je donnais mon opinion qui mettait comme il se doit la raison du côté de ceux qui la mettent en pratique. "Que voila 800 mètres marchés en bonne compagnie" me dis-je. Plus tard nous nous retrouvâmes assis ensemble à la messe. Sur le point d'assister à la première messe de ma vie j'allai pour éteindre mon portable lorsqu'un message de mon fils, le soldat, me pétrifia: "Maman je t'aime. Tu me manques". Je pensais à ma propre mère qui 63 ans plus tôt s'était approchée du confessionnal, dans cette même basilique, pour communiquer avec le prêtre et obtenir de lui de précieux renseignements pour la survie de ses enfants. "Maman je t’aime, tu me manques". Ce message nous avait rejoints juste à temps toutes les deux.

Les thèmes de la commémoration furent repris dans la messe, ce que je trouvais plein de grandeur. La parole de Saint Jacques notait qu'il ne suffisait pas de parler mais il fallait agir. Ceux qui avaient sauvé des juifs pendant la guerre avaient été de véritables chrétiens. Avant la communion, M. Goetz, membre de la communauté juive de Châteauroux, dit le Kaddish dans cette merveilleuse basilique datant du 11e siècle et d'une architecture éblouissante. J'en avais des frissons, et a mon avis, je n'étais pas la seule.

Détour à la salle des fêtes ou l'adjoint au maire - qui avait très bien parlé durant l'inauguration de la plaque - nous distribua un peu de littérature sur Neuvy. Les auteurs d'autres discours durant l'inauguration, la sous-préfète et le représentant de l'ambassade israélienne, avaient sans doute rejoint leurs familles à l'heure ou nous entendions la messe. Dans son discours, la sous-préfète entra immédiatement dans le vif du sujet, l'extermination des Juifs et le courage de ceux qui vinrent à leur secours. Elle parla longuement avec l'efficacité et l'énergie d'une femme dont la carrière s'annonce brillante.

Plus tard, au café restaurant, auprès de mon frère, la gardienne et le magicien, je crois que j'ai commence à me sentir heureuse. Heureuse vraiment. Heureuse d'avoir parlé, d'avoir écouté, d'avoir embrassé tous ces gens chaleureux. Heureuse d'avoir trouvé l'amitié sans l'avoir cherchée, comme une pierre lumineuse trouvée sur le chemin. Heureuse de me reconnaitre à cet endroit ou je ne vécu pas et ne me cachai pas, mais ou ma vie en projection se décida et se défit chaque jour comme une bobine filée et défilée par un enfant distrait.

Retour sans magie

J'arrive chez moi après un voyage assez fatiguant - des délais et fouilles répétées à l'aéroport, dont deux (!) fouilles corporelles, une au niveau de la douane et une autre avant l'embarquement. Impossible de prendre des liquides ou des gels dans l'avion... Certaines personnes se sont même vues refuser la possession de médicaments ... L'avion s'est envolé avec 1 heure et demi de retard. J'étais assise derrière, devant et à côté de bébés et jeunes enfants, dont une petite qui a vomi avant même le décollage et hurlé pendant 4 heures.

Lors de mon séjour au Berry natal j'ai fait la connaissance un peu approfondie d'un magicien. Oui je sais, on ne dit pas "un peu approfondie" mais dans ce cas-la, pour des raisons multiples et même légèrement complexes, il s'agit d'un approfondissement dans la retenue. Ou en étais-je??? Donc, c'est au milieu de ces retards, ces odeurs de vomi et les pleurs lancinants, que l'image du magicien me vint à l'esprit: il aurait du m'accompagner et intimider pour moi les aiguilleurs du ciel, les éléments et les bébés brailleurs pour faire de mon retour une réussite totale. Ce magicien là a une vocation de chevalier blanc dans la manche ...




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dimanche 10 septembre 2006

Atlantis ou les limbes berrichonnes



Orange pressée fait une pause. Elle vous dira à son retour (j'aime la 3e personne, c'est si confortable) comment étaient les hôtesses de l'air d'Air France. Je m'explique, enfin elle s'explique ... elle n'est pas une habituée des vols réguliers, mais Isrofly, ex-agence de voyage de prédilection et à présent poursuivie par la justice, l'a poussée dans les bras, plutôt les ailes d'Air France. L'agence en question a fait faillite d'une façon originale - en se barrant avec l'argent de ses clients sans payer ses fournisseurs et en laissant tous ses passagers sur le bitume. Ainsi Isrofly, dans son indignité et fourberie, aura appris une leçon à Orange pressée: parfois il faut payer le bon prix pour être servi. Et dire qu'il a fallu 50 ans pour qu'elle en arrive à cette conclusion ... Pas si pressée de grandir cette orange...

Puisqu'il est question de grandir... Orange pressée, après six ans d'absence, va faire un pèlerinage dans les lieux de sa naissance et les deux premières décennies de sa vie. Je ne sais pas pourquoi la réputation de Châteauroux est toujours malmenée, esquintée. Jean Giraudoux qui l'appela la ville la plus laide de France, lui aura donnée sans doute le mauvais œil. Certains castelroussins appellent leur ville "Château-trou". Orange pressée, elle, a toujours aimé sa ville d'un amour inconditionnel et irréductible. Depuis ses premières années elle faisait de la voltige sur les balançoires du "petit bois" et marchait sur les racines des arbres (son occupation favorite), jusqu'aux années lycéennes - les années 70 - elle squattait les cafés en mal d'expériences socio-intellectuelles pas trop dégradantes.

A cette époque Orange pressée aimait bien l'atmosphère enfumée de "Joe from Maine". Elle aimait bien marcher dans la rue Ledru-Rollin, pas seulement à cause de Joe from Maine, pas seulement à cause du coiffeur qui la connaissait depuis sa petite enfance, pas seulement à cause des employés de l'EDF qui la regardaient passer derrière la vitre, pas seulement à cause des bureaux de la Nouvelle République, du marchand de meuble, de la librairie, non, cette rue avait une magie indescriptible. Parfois elle y marchait en fermant les yeux, elle essayait de se perdre exprès ...mais elle arrivait toujours à bon port, au 53 bis, à l'atelier de ses parents.

C'était un atelier les peaux de cuir devenaient des vestes ou des blousons, les rouleaux de tissus kaki des vêtements de chasse. C'était aussi un atelier ou l'on entrait toute bébé sur les bras de sa maman, on devenait alors une petite fille maigrichonne aux genoux écorchés et sans transition on en ressortait jeune femme, avec du khôl dans les yeux et des vers de Garcia Lorca dans la tête.

Et puis comme cela, 20 ans avaient passé. C'était la fin de l'été 1976. Les escrimeurs sur la façade de l'atelier prenaient toujours des poses dignes et prometteuses d'ultérieurs combats. Les machines du premier ronflaient encore sous les mains expertes des mécaniciennes. Sans bruit, le coupeur s'affairait encore sur les peaux, précis et consciencieux. La maitresse de cette immense maison, la patronne, était encore penchée sur ses comptes et ses souliers à talons claquaient encore dans le hall de l'immeuble. Mais plus pour longtemps.

A chaque fois qu'Orange pressée va à Châteauroux elle remue les souvenirs et puis elle s'en va en larmes, assise seule derrière une vitre, dans un train vers Paris. Sur le quai les gens qu'elle aime font de drôles de gestes pour empêcher le soleil de les éblouir et crient "je ne te vois pas". Mais elle, elle les voit, et elle a mal de partir. Il y a des choses qui ne changent pas avec les années ... A Issoudun elle arrête de se moucher, elle sort son miroir pour constater et réparer les dégâts. A Vierzon elle reprend le sourire, comme ca, sans raison apparente, et même elle est heureuse. A Paris quand elle descend du train, Châteauroux est devenue une ile engloutie, lointaine, inaccessible. Jusqu'à la prochaine fois.
 


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jeudi 7 septembre 2006

Pleine lune


Hier dans la Nouvelle République, mon frère rappelait "La France n'a pas compté que des miliciens !". Le 17 septembre je serai à ses côtés pour inaugurer le square des justes à Neuvy Saint Sepulchre, cérémonie qu'il a initiée et proposée à la mairie de Neuvy pour remercier le père Noir et les gens du village qui ont aidé et si bien soutenu ma mère pendant la Shoah.

Il est bien mon frère. Il n'y a pas de doute la dessus. Plus j'y pense, plus je le trouve bien ... Il est là dans ma vie comme les choses les plus simples et les plus évidentes, comme la lune hier soir qui brillait toute ronde dans le ciel de ma ville, sans fierté, sans faire de poses. Et pourtant, quand je suis passée sous son regard je me suis dit "elle sera encore la dans mille ans, elle nous regardera de son air un peu trop jovial pour la saison, un peu trop innocent pour cette génération. Elle fait son labeur sans broncher, chaque jour, sans rien demander en retour. Et au milieu du mois hébraïque elle nous sourit. Est-ce parce qu'elle est étonnée que les humains ne soient pas tous des bêtes monstrueuses, seulement certains?"

Pour que je vienne au monde, pour que je connaisse mon frère, il aura fallu qu'un village entier, un prêtre, des gendarmes dans la résistance, des gars du maquis, des ménagères, des fermières, tout ce beau monde conspirât pour sauver la peau d'un petit garçon de 4 ans. Un enfant dont les premières acquisitions, les premières interactions sociales, furent toutes faites sous la menace latente de la déportation et de la mort. Un enfant qui vivait caché, mais pourtant heureux, flottant entre la conscience sourde et l'inconscience totale de son état de condamné en sursis. Trois mots d'une voisine agacée, d'une maitresse d'école distraite, d'un postier éconduit, d'un employé de bureau pointilleux, auraient envoyé cet enfant aux fours crématoires. A vrai dire un seul eut suffi : "Juif".

Et moi me disais-je pendant mon parcours sous la lune ... moi j'aurais seulement voulu que dans mille ans il y ait encore des hommes comme mon frère. Est-ce trop demander? Oui sans doute ... Car combien faudra-t'il encore de villages comme celui-là? Combien faudra t'il encore de courage et de prières et combien de combats? Mais je ne désespère pas, je me souviens de ma mère qui avait donné sa confiance en Dieu, en un prêtre catholique et en tout un village.

Je me souviens de ces années que je n'ai pas vécues, mais qui sont présentes dans ma vie. Souvent ma mère me disait "prie pour le père Noir". J'imaginais un vieil homme d'une immense stature, enveloppé des pieds à la tête d'une soutane et d'un capuchon noirs, dont seul le regard émergerait doux et bienfaiteur. Dans la prière pour les morts le jour de Yom Kippour, je priais pour la mémoire du père Noir. Quand j'allais au mur des lamentations je priais pour la mémoire du père Noir. Plus tard j'ai réalisé que le père Noir n'était pas du tout un vieil homme quand ma mère le rencontra et qu'il n'était pas drapé de noir - mais se nommait ainsi ... Et c'est comme cela que j'ai finalement compris: ma mère m'avait toujours, depuis ma plus tendre enfance, parlé du père Noir, et l'image que j'avais de lui était imprimée dans ma mémoire depuis toujours.

Toujours, c'est un bien grand mot ... Toujours et tous les jours, notre famille se souvient. Nous sommes nombreux à habiter en Israël et aussi en France, en Angleterre, aux Etats-Unis. Nous sommes rabbins, enseignants, informaticiens, hommes d'affaire, magistrats, ingénieurs, étudiants, soldats dans l'armée israélienne. Cette jeune génération de la famille Wajzer ne prie plus pour la mémoire du père Noir car elle n'en a pas besoin: cette génération est la mémoire du père Noir.




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dimanche 3 septembre 2006

Choc des civilisations



Intéressante, ce matin, la juxtaposition de ces deux titres dans l'édition internet du Monde:
*Un nouvel enregistrement d'Al-Qaida appelle les non-musulmans à se convertir.
*La sonde européenne Smart-1 précise au rendez-vous pour sa dernière mission.

Pendant qu'Al-Qaida invite "les missionnaires croisés sionistes de la haine et les consultants anti-islam comme (...) le chef croisé George W. Bush d'abandonner leur incroyance pour se repentir, entrer dans la vérité de l'islam et porter leurs épées contre les ennemis de Dieu, (...), et devenir nos frères en islam", la sonde Smart - 1, laboratoire miniaturise, percute la lune en douceur et reproduit en laboratoire naturel un impact sur une planète.

Que se passerait-il si c'était l'inverse? Si c'était les scientifiques qui tentaient de convertir la planète à leur technologie avancée et si Al-Qaida, pour citer l'article, "connaissait sa dernière orbite en percutant la surface lunaire"?
   



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