Orange pressée fait une pause. Elle vous dira à
son retour (j'aime la 3e personne, c'est si confortable) comment étaient les hôtesses
de l'air d'Air France. Je m'explique, enfin elle s'explique ... elle n'est pas
une habituée des vols réguliers, mais Isrofly, ex-agence de voyage de prédilection
et à présent poursuivie par la justice, l'a poussée dans les bras, plutôt les
ailes d'Air France. L'agence en question a fait faillite d'une façon originale
- en se barrant avec l'argent de ses clients sans payer ses fournisseurs et en
laissant tous ses passagers sur le bitume. Ainsi Isrofly, dans son indignité et
fourberie, aura appris une leçon à Orange pressée: parfois il faut payer le bon
prix pour être servi. Et dire qu'il a fallu 50 ans pour qu'elle en arrive à
cette conclusion ... Pas si pressée de grandir cette orange...
Puisqu'il est question de grandir... Orange pressée, après six ans d'absence, va faire un pèlerinage dans les lieux de sa naissance et les deux premières décennies de sa vie. Je ne sais pas pourquoi la réputation de Châteauroux est toujours malmenée, esquintée. Jean Giraudoux qui l'appela la ville la plus laide de France, lui aura donnée sans doute le mauvais œil. Certains castelroussins appellent leur ville "Château-trou". Orange pressée, elle, a toujours aimé sa ville d'un amour inconditionnel et irréductible. Depuis ses premières années où elle faisait de la voltige sur les balançoires du "petit bois" et marchait sur les racines des arbres (son occupation favorite), jusqu'aux années lycéennes - les années 70 - où elle squattait les cafés en mal d'expériences socio-intellectuelles pas trop dégradantes.
A cette époque Orange pressée aimait bien l'atmosphère enfumée de "Joe from Maine". Elle aimait bien marcher dans la rue Ledru-Rollin, pas seulement à cause de Joe from Maine, pas seulement à cause du coiffeur qui la connaissait depuis sa petite enfance, pas seulement à cause des employés de l'EDF qui la regardaient passer derrière la vitre, pas seulement à cause des bureaux de la Nouvelle République, du marchand de meuble, de la librairie, non, cette rue avait une magie indescriptible. Parfois elle y marchait en fermant les yeux, elle essayait de se perdre exprès ...mais elle arrivait toujours à bon port, au 53 bis, à l'atelier de ses parents.
C'était un atelier où les peaux de cuir devenaient des vestes ou des blousons, les rouleaux de tissus kaki des vêtements de chasse. C'était aussi un atelier ou l'on entrait toute bébé sur les bras de sa maman, on devenait alors une petite fille maigrichonne aux genoux écorchés et sans transition on en ressortait jeune femme, avec du khôl dans les yeux et des vers de Garcia Lorca dans la tête.
Et puis comme cela, 20 ans avaient passé. C'était la fin de l'été 1976. Les escrimeurs sur la façade de l'atelier prenaient toujours des poses dignes et prometteuses d'ultérieurs combats. Les machines du premier ronflaient encore sous les mains expertes des mécaniciennes. Sans bruit, le coupeur s'affairait encore sur les peaux, précis et consciencieux. La maitresse de cette immense maison, la patronne, était encore penchée sur ses comptes et ses souliers à talons claquaient encore dans le hall de l'immeuble. Mais plus pour longtemps.
A chaque fois qu'Orange pressée va à Châteauroux elle remue les souvenirs et puis elle s'en va en larmes, assise seule derrière une vitre, dans un train vers Paris. Sur le quai les gens qu'elle aime font de drôles de gestes pour empêcher le soleil de les éblouir et crient "je ne te vois pas". Mais elle, elle les voit, et elle a mal de partir. Il y a des choses qui ne changent pas avec les années ... A Issoudun elle arrête de se moucher, elle sort son miroir pour constater et réparer les dégâts. A Vierzon elle reprend le sourire, comme ca, sans raison apparente, et même elle est heureuse. A Paris quand elle descend du train, Châteauroux est devenue une ile engloutie, lointaine, inaccessible. Jusqu'à la prochaine fois.
Puisqu'il est question de grandir... Orange pressée, après six ans d'absence, va faire un pèlerinage dans les lieux de sa naissance et les deux premières décennies de sa vie. Je ne sais pas pourquoi la réputation de Châteauroux est toujours malmenée, esquintée. Jean Giraudoux qui l'appela la ville la plus laide de France, lui aura donnée sans doute le mauvais œil. Certains castelroussins appellent leur ville "Château-trou". Orange pressée, elle, a toujours aimé sa ville d'un amour inconditionnel et irréductible. Depuis ses premières années où elle faisait de la voltige sur les balançoires du "petit bois" et marchait sur les racines des arbres (son occupation favorite), jusqu'aux années lycéennes - les années 70 - où elle squattait les cafés en mal d'expériences socio-intellectuelles pas trop dégradantes.
A cette époque Orange pressée aimait bien l'atmosphère enfumée de "Joe from Maine". Elle aimait bien marcher dans la rue Ledru-Rollin, pas seulement à cause de Joe from Maine, pas seulement à cause du coiffeur qui la connaissait depuis sa petite enfance, pas seulement à cause des employés de l'EDF qui la regardaient passer derrière la vitre, pas seulement à cause des bureaux de la Nouvelle République, du marchand de meuble, de la librairie, non, cette rue avait une magie indescriptible. Parfois elle y marchait en fermant les yeux, elle essayait de se perdre exprès ...mais elle arrivait toujours à bon port, au 53 bis, à l'atelier de ses parents.
C'était un atelier où les peaux de cuir devenaient des vestes ou des blousons, les rouleaux de tissus kaki des vêtements de chasse. C'était aussi un atelier ou l'on entrait toute bébé sur les bras de sa maman, on devenait alors une petite fille maigrichonne aux genoux écorchés et sans transition on en ressortait jeune femme, avec du khôl dans les yeux et des vers de Garcia Lorca dans la tête.
Et puis comme cela, 20 ans avaient passé. C'était la fin de l'été 1976. Les escrimeurs sur la façade de l'atelier prenaient toujours des poses dignes et prometteuses d'ultérieurs combats. Les machines du premier ronflaient encore sous les mains expertes des mécaniciennes. Sans bruit, le coupeur s'affairait encore sur les peaux, précis et consciencieux. La maitresse de cette immense maison, la patronne, était encore penchée sur ses comptes et ses souliers à talons claquaient encore dans le hall de l'immeuble. Mais plus pour longtemps.
A chaque fois qu'Orange pressée va à Châteauroux elle remue les souvenirs et puis elle s'en va en larmes, assise seule derrière une vitre, dans un train vers Paris. Sur le quai les gens qu'elle aime font de drôles de gestes pour empêcher le soleil de les éblouir et crient "je ne te vois pas". Mais elle, elle les voit, et elle a mal de partir. Il y a des choses qui ne changent pas avec les années ... A Issoudun elle arrête de se moucher, elle sort son miroir pour constater et réparer les dégâts. A Vierzon elle reprend le sourire, comme ca, sans raison apparente, et même elle est heureuse. A Paris quand elle descend du train, Châteauroux est devenue une ile engloutie, lointaine, inaccessible. Jusqu'à la prochaine fois.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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