lundi 2 octobre 2006

Nostalgie des signes



Quand j'étais petite j'allais voir les cygnes au jardin public près du lycée Jean Giraudoux. Je venais avec mon pain et j'étais contente. Quand vous donnez à manger à une bête, il n'y a rien qui puisse vous empêcher d'être heureux. Même si vous êtes malheureux, à ce moment la, quand les petites pattes se pressent en claudiquant vers votre bout de pain, quand l'oiseau avale goulument sa rançon, vous suivez chacun de ses mouvements et vous êtes bien. Toujours malheureux, mais bien. La thérapie animale, c'est devenu à la mode entre temps. Mais tous les parents savent que si vous mettez un enfant devant trois canards et deux poussins, il oubliera tous ses bobos.

Un jour, bien plus tard, j'ai vu des cygnes marcher sur la glace et ce moment féerique, si fragile et si pur, est resté suspendu à jamais dans ma mémoire. C'était, entre toutes les villes, à Vichy. Parfois quand ma tête est vidée de tout et mon esprit ouvert à tout, c'est cette vision des cygnes sur la glace qui m'envahit, ce moment ou tout s'était arrêté, pour que tout recommence peut-être, ou peut-être pas ...

Aujourd'hui à la synagogue, le rabbin disait dans son discours que Yom Kippour était l'opportunité de savoir qui nous sommes et ou nous sommes dans le monde. Je crois que je suis comme ces cygnes: l'étang ne sera pas gelé pour toujours, mais en attendant je suis debout et j'aime regarder les gens qui passent, les enfants avec leurs bouts de pain, les vieux avec leurs yeux doux et les amoureux qui s'embrassent dans le froid en rêvant de demains bleus.



 Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

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