La chanson chantée par
Montand me nargue je ne sais pas trop pourquoi, tellement triste,
"mais la vie sépare ceux qui s'aiment tout doucement sans faire
de bruit et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis".
Aurais-je le blues post-vacancier?
Mon amie la gardienne me
disait un jour "j'ai trop de morts dans ma vie". Moi aussi
j'ai dans ma vie des morts qui sont vivants, des grand-parents, des
oncles et tantes , des cousins, avec qui je fraie depuis que je suis
née sans les avoir jamais connus, jamais ensevelis, jamais couverts
d'une pierre tombale, et pour cause, ces morts vivent en moi.
Quand mes parents étaient
encore vivants je n'avais qu'une idée en tête: les voir heureux.
J'avais cette incommensurable orgueil de penser qu'a moi seule je
pourrais remplir leur vie de lumière la ou gisaient tous leurs
morts-vivants. A Hanouca on vous rabâche toujours qu'il suffit d'un
petit trait de lumière pour chasser l’obscurité. C'est faux.
Toute la lumière du monde est impuissante face à la mémoire de la
Shoah. J'ai tout essayé. Rien n'y a fait. J’étais comme une
misérable petite mèche allumée, complètement ridicule, impotente,
à vouloir éclairer ce qui était plus noir que l'abysse. Mais ...
dans le combat entre l’obscurité et la lumière, il faut attendre
très longtemps pour designer le gagnant.
Il y a des jours ou la
lumière l'emporte et des jours sombres ou je suis possédée par des
souvenirs qui ne m'appartiennent pas. Mais le gagnant de cette
guerre-là n'est ni l’obscurité, ni la lumière. Le gagnant c'est
moi. Car tout ce que la mer efface le matin, je le retrace le soir.
Et tout ce que la mer efface le soir, je le retrace le matin. Ainsi
les jours heureux se succèdent, *mes* jours heureux, ou la vie a sa
place et ou ceux qui s'aiment ne sont jamais désunis pour bien
longtemps.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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