Déjà ma mémoire me fait défaut. Je ne sais lequel fut le dernier livre. Le dernier livre que Mali me donna. Etait-ce "Au dessus du volcan" de Malcom Lowry, ou bien "Cavalerie rouge" d'Isaac Babel? C'était peut-être "Le ravissement de Lol V.Stein" de Marguerite Duras... Dès la fin des années 80, je lisais moins. Mes enfants me prenaient toute mon énergie, toute mon imagination, tous mes désirs. Les livres m'avaient nourrie et c'était à moi de nourrir à présent. J'étais devenue moi-même une machine à donner la vie, à montrer le chemin, à élargir l'esprit.Mali m'avait accompagnée et guidée à travers les livres jusqu'à ce que je fus moi-même digne et capable de transmettre. Oui, grâce à elle, j'ai sur mes étagères, tout Francois Mauriac, tout Michel Tournier, Simone de Beauvoir et J.P Sartre. Malraux également qui voisine , on ne sait pourquoi, avec Antonin Artaud et Pierre Jean Jouve. Ces lectures sont bien anciennes et bien enracinées ...
Me voilà telle une cavalière sans monture, tel un aviateur sans étoiles, telle une acrobate sans filet. Mais je prends les livres sur les étages poussiéreuses, je les tourne dans ma main, je les ouvre et je me dis à moi-même dans le silence: "les mots, les mots sont encore vivants".
Mon ouvrage favori restera "S/Z" de Roland Barthes, analyse datant de 1970 de la mystérieuse nouvelle de Balzac "Sarrasine". Barthes disait "Interpréter un texte, ce n'est pas lui donner un sens (plus ou moins fondé, plus ou moins libre), c'est au contraire apprécier de quel pluriel il est fait".
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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