En l'an 2001 je perdais un être des plus chers. Celle qui remplaça ma mère et celle qui fut ma meilleure amie et complice dans les meilleurs et les pires moments. Elle s'appelait Rosalie mais je l'appelais "Mom". She was my mom et aussi la mère du Guerrier Ottoman. Après le décès de Rosalie mon mari et moi allèrent dans son appartement pour arranger ses affaires. Jusqu’à maintenant nous n'avions pas eu le courage de vraiment faire le tri de tout, seulement l'essentiel. Le Guerrier Ottoman travaillait à vider la cuisine, moi j'étais dans la chambre à coucher. En triant les affaires personnelles de Rosalie des pensées diverses carambolaient dans ma tête. Comme j'aurais voulu qu'elle ait laissée des instructions pour chacun des objets que je touchais. J'avais peur de me débarrasser de quelque chose qui lui était cher.
C'est ainsi qu'en pliant ses vêtements, faisant le tri de ses napperons, ses écharpes, ses draps, ses serviettes de toilette, ses produits de maquillage, ses aiguilles à tricoter, ses pelotes de laine, un miroir qu'elle n'avait pas sorti de son emballage, une tringle à rideau qu'elle n'avait pas utilisé, sa machine à écrire, ses chaussures, son parfum ... je pensais à ce que je laisserai un jour derrière moi et comment mes enfants feraient le tri de mes affaires.
Comment sauraient-ils distinguer de toutes les nappes, celle en partie déchirée et moisie que ma mère m'avait achetée pour mon 19e anniversaire? Sauront-ils que c'est le dernier cadeau que ma mère fut capable de m'acheter elle-même avant son hémiplégie? Comment sauront-ils distinguer entre tous les livres le seul livre et aussi le seul objet qu'il me reste de ma maison? Pourront-ils voir qu'il s'agit d'une édition 1920 des "Liaisons dangereuses" de Laclos et qu'il n'a jamais quitté mon chevet?
Jetteront-ils également ce livre de poche de Pulitzer "Hannah" que je garde à côté des "Liaisons dangereuses" parce que c'est le livre que ma mère lisait le jour de sa mort? Comment sauront-ils déterminer entre toutes mes babioles que cette bague en émail vert est la première bague que j'ai reçue, à l'âge de 11 ans (cadeau de ma grande sœur Mali). Parmi ma belle collection de théières sauront-ils repérer laquelle est ma favorite, celle que j’ai reçue lors d’une fête d’anniversaire improvisée dans une chambre de la clinique de Juvisy en novembre 1976? Se souviendront-ils que c'est Mali encore qui me donna cette théière et qu'elle inaugura ma collection? Quand ils trouveront ce paquet de gauloises vide, comment pourront-ils savoir qu'il s'agit du dernier paquet de gauloises que mon père a fumé en 1972?
En feuilletant les albums de photos de Rosalie je pensais aux photos du mariage de mes parents totalement inexistantes et à la photo de mes grand parents paternels qui existe dans mon imagination uniquement. Je n'ai jamais vu le visage de mes grand parents, ni jamais eu aucun souvenir physique de leur existence, pas un bijou, pas un napperon brode. Aucune trace... si ce n'est moi-même, mes sœurs et frère, mes neveux et nièces, mes petits-neveux et mes petites nièces; nous sommes leur unique trace. Les affaires personnelles qu'ils ont laissées dans leur tiroirs, leurs vêtements, leurs bijoux, leurs livres, c’est nous.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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