samedi 20 janvier 2007

8 femmes II : Pile ou face

Je continue la série 8 femmes avec la chanson de Jean-Louis d'Onofrio, chantée par Emmanuelle Beart.

Pas la peine de se retourner
Sur le tableau décroché
La craie s'efface
Y'a plus de traces


... Et le sable efface sur le sable les pas des enfants désunis... C'est une chanson qui nous ressemble ... ou pas. Parfois les mots ne sont pas de craie, mais de sang et de larmes; ils sont corrodés sur le tableau et perdurent.

Et moi je vis ma vie
A pile ou face
Tous mes sentiments
A pile ou face
Indifféremment
A pile ou face
Et de temps en temps
Un coup je passe
Un coup je casse


Quand j'avais 20 ans je passais et je cassais à bout de bras. Etait-ce le signe des temps, de la génération post-68 insouciante et délibérément détachée de tout? Ou était-ce une approche personnelle qui me poussait à tout prendre et ne rien laisser? Sans doute aussi.

Je veux vivre ma vie
A pile ou face
Mes amours se jouent
A pile ou face
Dans un léger flou
A pile ou face
Je risquerai tout
Un coup je m'égare
Un coup je me gare


Je me suis garée. J'aime bien mon emplacement. Je peux donner un petit coup d'accélérateur de l'avant, de l'arrière: j'ai de la place. Quand je m'égare c'est de la faute des mots. Les mots m'emmènent parfois par delà les limites, dans des zones d'ombres cassées et de coloriage. Les mots, déguisés en amis, sont aussi mes plus féroces ennemis.

Chaque jour devant ma glace
Je vois des rêves qui passent
Et qui s'effacent
C'est le temps qui se cache


Le temps ne se cache pas quand on vient d'avoir 50 ans. Le temps est là . Quand ma mère avait 50 ans elle était sur ses jambes, pour 12 ans encore. Quand ma sœur avait 50 ans elle était en bonne santé pour 6 ans encore. Non, non, je n'y pense pas. Je vivrai sur mes jambes et avec toute ma tête très très longtemps. Oui il vaut mieux parfois que le temps se cache et ne nous égrène pas des calculations imbéciles et morbides.

Mais moi je vis ma vie
A pile ou face
toutes mes émotions
A pile ou face
Chaque sensation
A pile ou face
Sans hésitation
Un coup je passe
Un coup je casse


Heureusement qu'il y a le refrain. Bon ... avec le temps j'ai appris à freiner. Ou à passer sans casser. Ou à casser et assumer. Ou à assumer et écrire sur le tableau, les doigts tout tachés d'encre bleue:

Il me semble qu'il n'y a eu dans toutes les circonstances
Rien d'autre que mon amour sur tout comme un grand tilleul ombreux
Rien d'autre que mon amour qui tremble comme un joueur heureux
Il me semble qu'il n'y a eu que mon amour dans l'existence.
(Aragon, Le roman inachevé)



Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

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