J'avais 12 ans à peine quand Léonard Cohen chantait Suzanne:"And you want to travel with her
you want to travel blind
and you know that you can trust her
for she's touched your perfect body
with her mind"
Avec ces mots-là et mai 68 comme décor ... Grandir semblait aussi simple que de laisser la rivière répondre :
"And just when you mean to tell her
that you have no love to give her
she gets you on her wavelength
and she lets the river answer
that you've always been her lover"
Ah ... Léonard ... Je l'ai perdu de vue sans véritable explication, par négligence pure et simple, par trahison. A 14 ans je découvrais plutôt nos mots d'amour de Polnareff: "Non ce n'est pas l'amour qui fait les histoires d'amour, ce n'est pas ça toujours, on peut aimer, oui, sans amour". Vous parlez d'une éducation sentimentale ... Nous étions loin des souffrances du jeune Werther.
Heureusement la maison vide et la chambre vide furent vite supplantées par la liberté de Moustaki, le bel age de Barbara, la petite fugue de le Forestier et pour couronner le tout, le premier amour du monde de Reggiani. Ces compositeurs maniaient la langue et la musique dans un même souffle et me murmuraient dans l'oreille des idées un peu plus romantiques. Ah comme j'aimais Reggiani quand il chantait:
"Je t'aime
Toi qui ne seras jamais
Une grande personne
Ne me quitte jamais
Je t'aime"
Un jour, dans les années 90, j'ai redécouvert Léonard. Je ne sais plus comment ni à quelle occasion. Sa voix caverneuse résonna de nouveau dans ma maison, comme celle d'un grand frère qui se serait exilé et serait revenu pour se reposer. En 1992 Léonard écrivit Anthem.
"Ring the bells that still can ring.
Forget your perfect offering.
There is a crack in everything.
That's how the light gets in."
Il y a une déchirure en toute chose.
C'est ainsi qu'entre la lumière.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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