mardi 12 décembre 2006

Je peux, je ne peux pas


Qui peut faire de la voile sans vent ?
Qui peut ramer sans rame ?
Et qui peut quitter son ami
Sans verser de larmes?

J'ai chanté cette chanson dans les colonies de vacances. A vrai dire je fréquentais peu ces congrégations d'enfants car mes parents n'ont jamais trouvé bien rassurant de voir leur fille embrigadée dans des activités de groupe qui commençaient généralement par un long trajet en train. C'est ainsi pourtant que je fus expédiée "pour mon bien et mon éducation" vers de plus blancs pâturages.

A l'âge de 11 ans je roulais donc vers la Suisse un hiver, où j'apprenais le patinage artistique et me faisais un petit copain du nom d'Emmanuel (c'est hallucinant comment je fais pour me souvenir de son nom ...). C'est le moment de faire une confession qui je l’espère n'offusquera personne: dans ma prime jeunesse, ayant une peur insurmontable des femmes, filles, fillettes et tout ce qui ce rapporte à çà, je n'avais que des amis hommes, garçons, gamins et ainsi de suite. Des l'âge de 3 ans, terrifiée par les petites filles je m’étais fait à la maternelle un petit copain du nom de ... bon j'ai oublié son nom ...

Dans la foulée de cette colo hivernale à Leysins je partais en été à Ulrichen, une autre destination suisse que les associations juives semblaient aimablement parrainer. A Ulrichen j'apprenais à monter à cheval en montagne. Ayant été reléguée par erreur dans le dortoir des filles, je souffrais de leur méchanceté, mesquinerie, superficialité. Cette promiscuité entre filles était une grande épreuve pour moi.

Je peux faire de la voile sans vent,
Je peux ramer sans rame
Mais ne peux quitter mon ami
Sans verser de larmes.

Plus tard j'ai grandi. Je suis partie avec le DEJJ en Israël. J’étais totalement inadaptée à cette coterie de petits juifs branchés sur rien ou presque. J'avais 14 ans et demi et connaissais tout Garcia Lorca par cœur. On sortait en boite. Je trouvais cela ubuesque. Les lumières disco douloureusement clignotantes me donnaient la nausée. Écrasée par l'ennui et l’inactivité je buvais de la vodka quand les moniteurs avaient le dos tourné.

Les yeux kholés, en grands cheveux et robe mauve, j'observais calmement les circonvolutions des seules créatures en ce monde qui m’intéressassent vraiment. Après tout, Lorca lui-même avait aimé les hommes. Il ne pouvait pas avoir complètement tort... J'observais encore, mais plus pour longtemps.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007

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