Mes meilleurs amis furent toujours les mots. Aujourd'hui encore et surtout, ils me soutiennent. Je ne suis pas très regardante il est vrai. Je me fiche bien qu'ils me parlent d'un bouquin de 700 pages en hébreu, d'un journal du weekend en anglais ou de la bouche d'une amie, une nièce ou un beau-frère en français. Non non, je ne leur en veux pas d’être si capricieux, si dispersés, si encombrants parfois. Tous ces mots me font du bien.Les premiers mots que je sus lire furent "abba ba", ce qui veut dire traduit de l’hébreu, "papa vient". Cela ne m’étonne pas trop en fait d'avoir su lire d'abord en hébreu, même si j'oubliais plus tard ces toutes premières acquisitions. Papa venait et puis un jour il est parti et c’était un peu tôt, oui oui, un peu tôt, j'avais 24 ans. A l’époque je pensais que j’étais déjà une grande dame adulte mais les années passant je sais maintenant que j’étais bien petite et bien démunie sans mon papa.
Ma carrière linguistique s’annonça en grandes pompes lorsque je réussis à lire mon premier mot en français et à la stupéfaction de tous il s'agissait du mot : "écureuil". Tout le monde dans la famille se tordait de rire. Et pourtant, oui oui, c’était vrai. Mon premier mot lu en français fut "écureuil". Les méchantes langues y verront déjà une prédisposition à faire compliqué quand on peut faire simple ...
Cet année la, en 1962, la bibliothèque rose publia une traduction du livre de Enid Blyton "Nod the Head". Ma grande sœur Mali arriva un vendredi à Châteauroux avec le livre en français dans la main, "Oui-Oui au pays des jouets". Elle me le donna. C’était mon premier *vrai livre*. Je montais dans ma chambre au premier étage et lisais. Je me souviens encore d'une illustration ou Oui-Oui avait embarqué dans un train vers le pays des jouets et saluait joyeusement ses amis de la main. Plus tard je suis redescendue. Mali était assise près de la table de la salle à manger. Je lui ai rendu le livre. Elle me regardait intriguée. " Je l'ai fini, j'en veux un autre" lui dis-je. Elle riait, elle riait... "Je t'en achèterai un autre" dit-elle. Et elle riait encore, les yeux noirs lumineux, la bouche rouge et vive, oui oui, une vraie princesse d'orient.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2006-2007
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